Le Dieu dans l’Ombre – Megan Lindholm alias Robin Hobb : une ode à la vie et à la nature (+Concours)

41-dn3SLuPLTout d’abord, je tiens à remercier les éditions ActuSF pour la découverte de ce roman de Robin Hobb dont je n’avais encore jamais entendu parler jusque-là.

L’Assassin Royal, saga de la même autrice, avait été pour moi une révélation, un coup de cœur, une magie s’était mise en route dès le premier tome et ne m’avait pas quitté jusqu’au dernier. Je m’attaque d’ailleurs dans le mois à la saga parallèle des Aventuriers de la mer que je suis impatiente de lire depuis déjà longtemps. Alors forcément, quand les éditions ActuSF me propose un Robin Hobb que je ne connais pas dans le cadre de notre partenariat, eh bien je suis curieuse. Avec Le Dieu dans l’Ombre, on est pourtant bien loin de la fantasy assez classique que l’autrice nous propose… à des années-lumières même… Je ressors de ma lecture soufflée par ce que je viens de lire. J’ai à la fois adoré et détesté. Mais on peut dire qu’on ne ressort pas sans mot de cette lecture.

Résumé : Evelyn a 25 ans, un époux, une belle famille et un enfant de 5 ans.Quand elle était jeune fille, elle avait la compagnie des forêts de l’Alaska, de la poésie de la nature et de Pan, un faune mystique. Un jour, il disparut. Elle n’aurait jamais cru que la créature irréelle surgirait à nouveau dans sa vie et agiterait en elle ces émotions fantasmatiques et sensuelles. A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ? Légende de la fantasy, Megan Lindholm, alias Robin Hobb (L’Assassin Royal, Le Soldat chamane), tisse ici un chemin de vie d’une humanité sensible, où le fantasme de la nature se mêle aux désirs sombres et inquiétants qui grouillent au fond de nous.

L’appel de la nature

S’il y a bien un thème majeur dans le roman, c’est la nature. Et plus particulièrement l’appel de la nature dans les deux premiers tiers. Comme le chant d’un cor, comme les premières lueurs du soleil au petit jour, comme une faim insatiable, la nature est omniprésente et hante l’héroïne depuis son enfance où elle courait déjà dans les bois. C’est la nature sous toutes ses formes : la douceur de l’appel, le besoin végétal mais aussi la brutalité et la cruauté animale. Même le caractère de l’héroïne semble aussi sauvage et instable que la nature.

Robin Hobb repousse les limites du supportable pour l’être humain et de fait, certaines choses peuvent gêner le lecteur. Ayant beaucoup de mal avec la cruauté, les épisodes de chasse étaient particulièrement difficiles à lire pour moi alors que j’ai adoré les passages où elle décrit les changements de saisons et les petits détails de la nature. Les scènes de sexes mi-homme, mi-bête, peuvent choquer aussi mais font transparaître toute cette animalité recherchée par Evelyn. Si je devais qualifier ce roman en quelques mots, c’est cette ode à la nature, un retour à la vie sauvage, simple mais difficile, la dualité des hommes qui souhaiteraient y revenir mais qui ne sont pas adapté à cette vie là (ou ne le sont plus depuis bien trop de siècles). La nature envahit chaque page, presque chaque phrase et c’est ce qui surprend sans doute le plus.

Un hymne à la vie

Au delà de la nature, l’héroïne est présentée sous différents aspects : l’enfant, la femme et la mère avant d’évoquer la vieille femme. C‘est le cycle de la vie qui est représenté dans sa totalité à travers Evelyn mais aussi par la nature avec les saisons qui se succèdent. La narratrice, comme le lecteur, perd le fil du temps établi comme nous le connaissons, nous perdons le compte des mois, des jours, des heures pour suivre les saisons, la lune et le soleil. Robin Hobb nous ramène une nouvelle fois à l’essentiel, à l’essence de toutes choses, à la nature, loin des inventions humaines, loin de toutes interventions de l’homme sur la nature.

Si le résultat est fascinant, il est aussi un peu angoissant car le lecteur est complètement coupé de l’humanité pendant un assez long moment dans la narration. La vie en est à sa source et poursuit son chemin loin de l’homme, au cœur de la forêt, au sommet d’une montagne. On en vient même à se demander si l’humanité n’est pas synonyme de mort et la nature de vie en poussant l’interprétation de ce qu’il se passe lorsqu’Evelyn se trouve parmi les humains ou dans la forêt. Dans tous les cas, le cycle de la vie est inévitable et c’est ce qui transparaît dans le roman avec beaucoup de force.

L’apprentissage de la maternité

Evelyn est un personnage vraiment particulier. J’ai eu beaucoup de mal à m’y attacher malgré les points communs nous pouvons avoir elle et moi. A vrai dire, je l’ai trouvé d’une morosité, d’un pessimisme, d’une négativité tels que j’ai failli fermer le livre au bout de 100 pages. Ma lecture a été vraiment très pénible jusqu’à environ 150 pages où j’ai enfin pu m’immerger dans l’histoire. C’est sans doute à partir de ce moment-là que Pan prend un peu plus de place et qu’elle cesse de ne faire QUE se morfondre sur un sort qu’elle a finalement elle-même choisi. (Ce que j’ai particulièrement adoré dans ce livre c’est que l’héroïne prend elle-même ses décisions. Je regrette du coup qu’elle ne les assume pas tous par la suite. Mais l’être humain est inconstant.)

L’autre thématique qui revient régulièrement dans le roman, c’est la maternité et les changements que cela entraîne dans une vie de couple, dans l’esprit d’une femme, dans son rapport à l’homme, la vie conjugale, son enfant. Sans être aussi présent que la nature, ces sujets sont sous-entendus avec régularité, revenant sur le devant des pages avant de s’éclipser pour mieux revenir encore. S’il y a bien une chose qu’Evelyn apprend dans le roman, c’est à être mère. Elle ne l’accepte pas totalement, jamais vraiment, pourtant les instincts et les pulsions sont là. La nature est à l’œuvre. Et si d’un côté la nature l’appelle et qu’elle en ressent le besoin, de l’autre côté, elle la rejette aussi un peu.

Lire ou ne pas lire : Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm/Robin Hobb ?

Le Dieu dans l’Ombre n’est pas le genre de roman que l’on adore ou que l’on déteste. C’est un roman qui soulève de nombreux questionnements sur la nature humaine, la vie, l’amour et la mort. Malgré un début de lecture compliqué pour moi (j’ai vraiment trouvé le début lent, long et ennuyeux), la suite a été une vraie découverte et j’ai été fascinée par l’écriture de Robin Hobb. Si vous aimez la nature en tant que réflexion philosophique mais aussi le rapport de l’homme à la nature, Le Dieu dans l’Ombre est un point de vue vraiment intéressant à découvrir. Je pense conserver encore longtemps des traces de cette lecture tout à fais particulière et j’ai encore plus hâte de me plonger dans Les aventuriers de la mer.

Que pensez-vous de la thématique de la nature dans les romans ? Aimez-vous lorsqu’un roman soulève des questions philosophiques voire existentielles ?

CONCOURS – DU 11 JUILLET AU 18 JUILLET 2019

Et comme j’ai reçu 2 exemplaires du roman, je vous propose de gagner le votre en partenariat avec les éditions ActuSF.
Lot : 1 exemplaire du roman Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm (alias Robin Hobb)
Modalités de participation : Remplir le formulaire ci-dessous et être abonné à mon blog Pause Earl Grey. (Prévenez-moi dans la dernière case du formulaire si vous ne pouvez pas répondre à vos mail à la fin du concours : absences, vacances, détox internet…)
Concours du 11/07/2019, 8h au 18/07/2019, 23h59. Le/La gagnant.e sera contacté.e par email (assurez-vous d’en fournir une valable). Envoi par la poste. Ouvert aux pays de l’UE uniquement. Je ne pourrais être tenue responsable en cas de perte ou de détérioration du colis.

CONCOURS TERMINE – Le.a gagnant.e sera contacté.e par mail dans les prochains jours ! Merci à tous pour votre participation !

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The Wicked Deep – Shea Ernshaw : sorcières noyées et ville maudite

51HOKI6qpDL._SX343_BO1,204,203,200_Malgré le chamboulement de mes lectures prévues pour juin, j’ai tout de même tenu à découvrir The Wicked Deep de Shea Ernshaw qui me faisait tant envie depuis quelques temps. Et cette lecture fut déroutante. Il m’a fallu plusieurs jours pour parvenir à écrire ma chronique dessus car l’ambiance est tout à fait singulière : ni bit-lit, ni horrifique, ni poétique, ni romantique… Ce livre est au carrefour de tout ces genre sans vraiment vouloir appartenir à l’un ou à l’autre. Étrange. Autant que la malédiction des Swan Sisters.

Résumé : C’est une histoire de vengeance… Il y a près de deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan, trois jeunes femmes belles, libres et indépendantes, furent accusées de sorcellerie par les habitants de la ville de Sparrow. Des pierres accrochées aux chevilles, les trois sœurs furent noyées. Exécutées. Depuis ce jour, chaque année au mois de juin, les sœurs Swan sortent des eaux de la baie pour choisir trois jeunes filles, trois hôtes. Dans le corps de ces adolescentes, Marguerite, Aurora et Hazel reviennent se venger. Et cette année encore, Penny le sait, alors que les touristes afflueront, on retrouvera des cadavres de jeunes hommes sur la plage… Car cette malédiction, rien ne semble pouvoir l’arrêter.
Une fiction d’une force envoûtante aux frontières de la sorcellerie et de la magie. Êtes-vous prêts à rencontrer les Swan Sisters.

Commençons par le plus désagréable (et encore, ça n’est pas forcément dérangeant) : le twist plot. J’avoue que personnellement, c’est quelque chose qui ne me dérange absolument pas de « deviner » la fin bien avant la révélation. Certes quand je ne l’ai pas trouvée, je me dis que c’est original, mais quand je la trouve je ressens toujours beaucoup de satisfaction en mode « deal with it ». Ici, il ne faut pas être Archimède pour sentir que quelque chose ne tourne pas totalement rond et savoir ce que c’est. Pas d’effet de surprise donc. Mais comme je l’ai dit, ce n’est pas non plus dérangeant car il le fallait bien, ne serait-ce que pour l’avancée de l’histoire.

Sur le coup, en refermant le livre, je ne savais pas trop si j’avais aimé ou pas. Je n’avais pas détesté, ça c’était sûr. Mais aimé… Et puis en réfléchissant, j’ai découvert pourquoi : je ne suis pas habituée à ce mélange des genres. En général, je lis des livres faciles à classer dans les diverses catégories littéraires qui existent et ici ce n’est pas le cas. L’autrice a pris un malin plaisir à brouiller les cartes pour un résultat surprenant. L’intrigue flirte avec le fantastique sans jamais répondre vraiment à la question de la sorcellerie et de la magie latente. S’il y a un sentiment qui se dégage et imprègne la totalité du roman, c’est la mélancolie. Sans vous dévoiler l’intrigue, sachez que ce n’est pas anodin.

Résultat, j’ai beaucoup aimé The Wicked Deep qui frise le coup de cœur mais ne l’attend pas à cause de ce léger décalage que j’ai ressenti (et qui fait pourtant toute la saveur de ce roman young adult). Penny est un personnage terriblement attachant, surtout pour moi car je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier un peu à son histoire et même si les personnages secondaires manquent un peu de saveur : Penny, Bo et les Swan Sisters sont suffisamment développés pour tenir le lecteur au creux des pages de ce livre.

Lire ou ne pas lire : The Wicked Deep de Sea Ernshaw ?

Ce roman young adult est une réussite. Il est déstabilisant par les genres qu’il effleure du bout des mots sans jamais totalement s’y complaire. Il est attachant pour ses personnages principaux au passé complexe. La ville aurait pu être un personnage à part entière de l’histoire mais c’est surtout la malédiction des trois sœurs qui occupe tous les esprits. Même si la narration au présent n’est pas ce que je préfère, le sentiment de mélancolie qui se dégage de l’histoire donne à ce choix narratif une fluidité étonnante. Bref, si vous aimez le young adult, les malédictions, les villes étranges, les atmosphères mélancoliques et poétique, vous aimerez probablement vous aussi The Wicked Deep !

Avez-vous déjà craqué pour ce livre ? Pensez-vous le faire ? Aimez-vous les histoires de sorcières et de malédiction ?

Stranger Things : les novellisations de l’univers

S’il y a bien une chose que notre société nous a appris et nous apprend tous les jours, c’est que si un univers est apprécié/marche/se vend bien, poussons l’exploitation à son maximum. Les franchises de Star Wars et d’Harry Potter en témoignent fortement. Qui n’a pas un vêtement ou un objet à l’effigie de l’un de ces univers ? Peu de personne. Moi la première (et j’adore mon t-shirt Dr Who même que). C’est ainsi que cela fonctionne et le succès de Stranger Things n’échappe pas à la donne.

Comme j’appréciais l’univers de la série que je trouvais particulièrement riche et intrigante, je me suis penchée sur les novellisations. Si d’habitude les fictions sur écran sont adaptées d’un livre, ici c’est bien le phénomène inverse. La série d’abord, les livres ensuite. Mais la question qui inquiète réside dans la qualité de l’intrigue. J’ai lu les deux romans parus chez les éditions Lumen. Je les remercie d’ailleurs pour l’envoi du deuxième livre car le premier m’avait bien plus (je vous en reparle plus bas). Il faut savoir que ces deux romans ont été supervisés par les réalisateurs de la série, aussi ils sont conformes dans ce qui a été imaginé. Ces romans étant officiels, ils font donc partie intégrante d’un univers que je vais qualifier « d’étendu » pour reprendre un terme utilisé pour l’univers de Star Wars notamment. Je le précise car c’est un point qui compte pas mal pour moi : l’univers va au-delà de la série, et ce sont des histoires validées officiellement par les créateurs. Donc des faits à valider dans les backgrounds des personnages.

Suspicious Mind – Gwenda Bond

51o6t12ZahL._SX309_BO1,204,203,200_L’histoire se centre sur la mère de Onze et les expériences de laboratoire qu’elle a subi juste avant de tomber enceinte. On est sur un thriller sans enquête.
J’ai été très agréablement surprise par ce premier volet (d’où ma curiosité pour le deuxième). Le lecteur découvre le passé de la mère de Onze, un personnage qui apparaît quelques fois mais qui n’est pas vraiment développé dans la série. On sous-entend beaucoup de choses à son propos sans jamais l’aborder. Pour les curieux, ce roman répond à toutes les questions. J’ai aimé le développement de l’intrigue autour des capacités psychiques des volontaires pour les expériences et la tension augmente au fil des pages. On effleure du bout des doigts l’Upside Down, ce monde à l’envers qui est le centre de gravité de la série et j’ai aimé savoir comment les chercheurs en étaient arrivés à sa découverte.
Non content de développer l’univers et de l’enrichir, ce roman est bien écrit. Moi qui avait des réticences malgré ma curiosité, je n’en attendais pas tant et j’ai adoré cette lecture.

Darkness on the edge of town – Adam Christopher

51f49ma9f8L._SX309_BO1,204,203,200_L’histoire se centre sur le passé de Hopper. Durant les vacances de Noël, il raconte une de ses enquêtes les plus étranges à Onze. On est ici sur un thriller policier pur et dur.
Forcément, en ayant apprécié le premier roman, j’avais très envie de découvrir celui-ci. D’autant que j’aime beaucoup le personnage de Hopper (bon ok, en vrai je les aime tous). Malheureusement pour moi, Hopper est flic et je n’aime pas les polars. Je pensais réussir à passer outre mais non, décidément le genre n’est pas pour moi. Impossible de dire si l’intrigue est bien ficelée du coup, j’ai eu l’impression qu’elle était un peu simpliste et surtout bien peu originale (sachant que je regarde très peu de polars aussi ciné/série, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose) mais comme je n’ai pas beaucoup de matière à comparaison, voilà…
Malgré tout, j’ai aimé les incursions d’Onze dans le récit quand la narration revient à l’instant présent avant de retrouver le flashback. J’ai trouvé très émouvant la relation qui se tisse entre Hopper et elle, ils apprennent à se connaître, ce qui me manquait un peu dans la série. Pour autant, il ne s’agit que de quelques pages volées à l’intrigue de l’enquête et je suis restée un peu sur ma faim pour ça.

Lire ou ne pas lire : les adaptations romans de Stranger Things ?

Si vous aimez l’univers de la série, n’hésitez pas à vous pencher sur la question. Après, selon vos goûts et vos préférences, la donne change. La preuve pour moi avec ce deuxième roman qui est un polar, genre qui ne parle pas du tout alors que le premier plus centré sur les expériences, la psychologie m’a beaucoup plu. Dans tous les cas, je pense que ce sont de bons romans young adult. Ne vous attendez pas à des intrigues trop complexes, ces livres sont là pour approfondir un point spécifique de l’univers de Stranger Things, à vous de voir sur lequel vous êtes curieux. Pour la suite, je pense que je choisirais de lire les prochains en fonction des résumés : s’ils m’intriguent, je me laisserais sûrement à nouveau tenter.

Et vous, avez-vous tenté les romans de l’univers de Stranger Things ? Est-ce que ça vous rend curieux ou avez-vous plutôt peur du résultat ?

La Fée, la Pie et le Printemps – Elizabeth Ebory : course poursuite entre Petit Peuple

51NuwCrpeiL._SX348_BO1,204,203,200_Retour sur ma dernière lecture du mois de mai ! Que j’ai mis un temps fou à lire, allez savoir pourquoi parce que j’ai aimé ce livre. Enfin si, je sais, et je vous avez déjà parlé : ma panne de lecture. Mais je commence à sortir du tunnel et j’en ai profité pour terminer ce premier roman d’Elizabeth Ebory publié aux éditions ActuSF que j’avais acheté dès sa sortie et que j’ai voulu sortir de ma PAL à l’occasion de sa sortie en poche chez Hélios en mai. Alors je vais mettre de côté ma panne de lecture pour vous parler plus en détails de ce chouette livre dans lequel on plonge corps et âme dans le monde féérique (vous vous en seriez peut-être douté).

Résumé : Mais Philomène, voleuse aux doigts de fée, croise sa route. Philomène fait main basse sur une terrible monture, des encres magiques, un chaudron d’or et même cette drôle de clé qui change de forme sans arrêt. Tant pis si les malédictions se collent à elle comme son ombre… Philomène est davantage préoccupée par ses nouveaux compagnons parmi lesquels un assassin repenti et le pire cuisinier du pays. Tous marchent vers Londres avec, en poche, le secret le plus précieux du royaume.
Des personnages empreints d’une légèreté désespérée, une aventure aussi féerique que profondément humaine. Élisabeth Ebory renoue avec le merveilleux des anciens récits, sans nier leur part d’obscurité.

Comme vous le savez, à cause de ma panne de lecture, j’ai mis un peu de temps à rentrer dans cette histoire. Il faut dire que ce texte fait partie de ceux où l’on plonge directement dans l’action sans explication au préalable et je n’y suis pas habituée. Je suis plus adepte des histoires qui se posent et prennent leur temps et c’est une des raisons tout à fait subjectives et personnelles pour lesquelles ce roman n’est pas un coup de cœur. J’étais donc un peu perdue au début, jusqu’à ce que j’avance dans l’histoire qui se développe et où l’on en apprend de plus en plus. C’est le principe même de cette narration.

Une fois l’histoire en place et les personnages découverts, le lecteur (en tout cas moi) se plonge plus facilement dans le roman. A ce moment-là, les pages ont défilé sous mes yeux et j’ai pu le terminer rapidement, curieuse que j’étais quant à la situation de Philomène et de ses comparses. L’univers de l’autrice étant complexe, il faut se donner un peu de temps pour saisir tous les éléments qui le composent, son organisation et son fonctionnement. C’est le genre de livre où le lecteur doit faire une démarche de réflexion pour découvrir les subtilités, notamment celle du titre : la fée (mais il y en a beaucoup), la pie (rapidement identifiable) et le printemps (qui demande plus d’efforts à démasquer).

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C’est un univers que j’ai beaucoup apprécié. Certes un peu confus tant il semble riche, le monde féérique construit par Elizabeth Ebory n’est ni tout rose, ni tout noir, il est flou et malléable à l’instar des légendes qui volent autour de ce Petit Peuple. Les personnages sont d’autant plus attachants que l’on découvre leur faiblesse au fur et à mesure du développement de l’histoire. Le lecteur prend plaisir à la lecture et doit accepter de se laisser porter par le monde créé par l’autrice.

Lire ou ne pas lire : La fée, la pie et les printemps d’Elizabeth Ebory ?

Si vous aimez le Londres XIXe, les histoires de fées, si vous avez aimé Le Paris des Merveilles de Pierre Pevel et que vous avez un goût pour la poésie sombre et les univers farfelus, ce livre est susceptible de vous plaire. Les deux points qui ne me permettent pas d’en faire un coup de cœur : la plongée au cœur de l’intrigue dès les premières pages et la narration au présent. Certains peuvent adorer ces choix, d’autres n’y accordent pas d’attention, c’est complètement subjectif pour le coup. Le fait est que l’univers féérique de l’autrice est intéressant, l’histoire (bien que classique) est bien menée et les personnages sont attachants (j’avoue avoir un penchant pour Od le cuisinier qui est bien mystérieux au début mais se dévoile par la suite).

L’avez-vous lu ? Êtes-vous tenté ? Aimez-vous plonger dans l’action dès le début de l’histoire ? Et la narration au présent, qu’en pensez-vous ?

 

D’autres chroniques : La bibliothèque d’Aelinel

 

Le songe d’une nuit d’Octobre – Roger Zelazny : rendez-vous à Samhain

41DvHyjEsiL._SX304_BO1,204,203,200_Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions ActuSF et Jérôme pour la découverte de ce livre. Forcément, quand on me parle Londres, XIXe siècle, Sherlock Holmes, Frankenstein, Jack l’éventreur and co, mes neurones frétillent comme les moustaches d’un chat devant une boîte de thon. Et c’est plutôt rare quand tous ces superbes ingrédients ne font pas bon ménage (lisez : j’ai peu de chance d’être déçue quand on me vend ça). Effectivement, une nouvelle fois (ça devient une manie avec ActuSF) je n’ai pas été déçue du voyage. Mais avant de m’étendre plus que ça sur le pourquoi du comment, je vous laisse découvrir la 4e de couverture.

Résumé : Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde. Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ?
Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau…
Le Jeu va commencer.
Quel sera votre camp ?

Peut-être connaissez-vous déjà Roger Zelazny, auteur de la saga des Neuf Princes d’Ambre ? Personnellement, je ne connaissais que de nom et j’avoue n’avoir jamais croisé son œuvre en librairie, personne ne me l’a jamais conseillé et je n’ai jamais eu l’occasion de le lire. Autant d’arguments qui m’ont, semble-t-il, fait passer à côté d’un grand nom de la littérature de l’imaginaire. Mon erreur est à moitié réparée à présent que j’ai lu Le songe d’une nuit d’Octobre dans lequel il rend directement hommage à l’univers sombre et glauque de Lovecraft, non sans un brin d’humour qui m’a fait sourire à plusieurs reprises.

Malgré le titre français qui pourrait faire penser à un hommage à Shakespeare, Le songe d’une nuit d’Octobre est en fait inspiré de l’univers de Lovecraft. D’après l’avant-propos, on y retrouve plusieurs références au fil du texte et même si j’ai lu quelques nouvelles HPL, je ne connais pas suffisamment pour les avoir toutes repérées. Difficile toutefois de passer à côté de l’allusion à Cthulhu avec les tentacules d’un certain monstre !

Si j’ai aimé tous les ingrédients à la sauce victorienne car ce sont des choses que j’apprécie de base, je n’en ai pas moins été agréablement surprise par la narration. Il arrive souvent de voir ce type de point de vue dans des nouvelles et autres exercices littéraires, c’est un peu plus rare dans les romans et j’avoue que je n’en ai personnellement jamais croisé en littérature de l’imaginaire. Mais quoi ? quoi ? quoi ? Eh bien tout simplement : le narrateur est un chien. Le familier de Jack. Ami de pleins d’autres familiers. J’ai juste adoré l’astuce ! Cela draine facilement le côté humoristique du texte et c’est très bien dosé par Zelazny. Et puis moi, tout ce qui est animalier, je suis pour. Se mêle sorcellerie et occultisme autour d’un jeu étrange dont les participants découvrent les détails au fil du mois tout comme le lecteur découvre les règles avec Snuff. Et finalement le mystère autour de ce jeu nous tient en haleine jusqu’à la fin nous forçant à nous demander comment toute cette embrouille va bien pouvoir finir ! On rit avec Snuff, on ricane avec lui, on souffre et on rage. Un bel exercice que ce Songe en plein cœur du mois d’octobre.

Lire ou ne pas lire : Le songe d’une nuit d’Octobre de Roger Zelazny ?

Comme j’ai été emballée par ce roman, je ne peux que vous le conseiller. Tous les amateurs du Londres victorien, des personnages fictifs ou réels qu’alimente cet imaginaire y trouveront leur compte. Si vous avez aimé Sleepy Hollow, Lovecraft, Sherlock Holmes et Frankenstein, c’est une lecture à ne pas rater. Vous plongerez dans l’ambiance glauque et frissonnante de Zelazny et passerez un mois d’octobre fabuleux !

Petit conseil : un chapitre par jour à lire entre le 1e et le 31 octobre !