Le Musicien – Annabelle Blangier : trois ptites notes et puis s’en vont

41RJpcYKJzL._SX345_BO1,204,203,200_Je remercie les éditions Magic Mirror pour la lecture de leur nouveau roman en tant qu’Agent du Miroir cette année.

Dès les premières annonces faites par Magic Mirror à propos de cette nouvelle publication, j’ai été très enthousiaste. Il faut dire que la couverture de Mina M est particulièrement réussie et en plus de ça, le conte revisité me plaisait énormément. Forcément, je trépignais de découvrir ce qu’Annabelle Blangier avait pu tirer du Joueur de Flûte de Hamelin des frères Grimm. Sans être un coup de cœur (il va falloir que j’apprenne à modérer sérieusement mes ardeurs et mes attentes…), l’autrice nous propose un développement intéressant à l’histoire d’origine.

Résumé : Aucun village n’est aussi paisible que Hamelin. Conduits par un maire juste et protecteur, les habitants s’épanouissent en toute sérénité. Seule Lore, petite-fille du couple dirigeant, demeure frustrée de l’embargo posé sur la musique par son grand-père. Mais l’arrivée en ville d’un jeune virtuose pourrait bien faire imploser les règles sclérosées. Au rythme des cours de musique clandestins qu’il donne à Lore, Raffael va peu à peu remuer le passé inavouable de Hamelin. À mesure que les désirs de vengeance s’exacerbent et que la mélodie du violon envoûte les cœurs, les masques tombent et le village plonge dans une spirale de violence sans précédent. Lore, comme chaque habitant, sera mise face à un dilemme insoutenable. Saura-t-elle choisir entre le devoir moral qui lui incombe et la tentation du châtiment qui la ronge ? 

L’histoire est un peu lente à se mettre en place et c’est dommage. Il m’a bien fallu une centaine de pages pour découvrir que l’intrigue était plus profonde qu’elle ne paraissait. Au début, Lore est vraiment très superficielle à vouloir à tout prix son musicien au bal pour écouter de la « vraie » musique et tenter de fuir son mariage arrangé à venir. Il manque sans doute quelques indices pour susciter l’intérêt, pousser le lecteur à se dire qu’il y a bien plus. Heureusement, tout s’accélère après cela et l’on découvre complot, manipulation et intrigue politique saupoudrés d’une bonne dose de vengeance et de cruauté. J’ai aimé retrouvé l’aspect dur et humain que l’on a toujours dans les contes de Grimm et c’est d’ailleurs une des principales qualités du roman : l’on glisse d’un univers presque artificiel et lisse à une obscurité et une cruauté cette fois presque bestiale. Le Musicien porte en lui cette évolution de l’histoire. On ne sait rien de lui au début, ou en tout cas seulement l’image qu’il veut donner de lui-même, pour le découvrir lentement jusqu’à la résolution de l’intrigue.

Étrangement, mon personnage préféré est celui d’Angelika, l’aubergiste. Un personnage totalement secondaire mais auquel je me suis attachée peu à peu jusqu’à être frustrée qu’elle ne soit pas plus présente. Elle a énormément de caractère et une présence à elle seule dans tous le roman à chacune de ses apparitions, on sent de la bonté pure et de la force. (Mais si les excellents personnages secondaires ont tendance à frustrer les lecteurs, les auteur.ice.s peuvent s’amouracher de ceux-là bien qu’ils ne puissent être que secondaire pour l’histoire.) Au contraire, d’autres personnages auraient pu disparaître ou fusionner pour plus de lisibilité comme les deux amies de Lore. Je pinaille sans doute et c’est avec un point de vue extérieur que je me permets cette réflexion mais voilà, l’auteur.ice ne voit pas lui même ce genres de détails. Quant aux personnages principaux, j’ai beaucoup apprécié le Musicien (de toute façon, les mystérieux, j’aime toujours!) qui se dévoile peu à peu. Le twist plot est intéressant, je ne m’en suis doutée que quelques pages avant la révélation même si cela semble parfaitement logique, mon esprit était tourné vers d’autres aspects de l’intrigue à ce moment-là ce qui permet à la révélation de faire quand même son petit effet.

Si le début est un peu longuet, le dénouement est un véritable feu d’artifice bien écrit et bien mené par l’autrice. J’ai pris beaucoup de plaisir à la fin de ma lecture où la tension dramatique est à son paroxysme. Cela rend de fait le roman un peu inégal pour le lecteur mais on trouve bel et bien un déroulement de l’intrigue qui va crescendo. Et l’essentiel est souvent de terminer en beauté ce qui est réussi pour le coup !

Lire ou ne pas lire : Le Musicien d’Annabelle Blangier ?

Si vous aimez les contes de Grimm et que vous êtes curieux, vous pouvez vous laisser tenter par Le Musicien d’Annabelle Blangier. Malgré des coquilles (un chouilla trop) et quelques erreurs, j’ai apprécié plonger dans cet univers intemporel typique aux contes. Entre vengeance, complots et manipulations, l’autrice nous offre une jolie interprétation du joueur de flûte de Hamelin. J’ai pu trouver de belles qualités à ce roman comme le personnage du Musicien sur lequel repose l’intrigue, le rappel à l’humain (ses qualités et ses défauts) que l’on retrouve chez Grimm et l’aubergiste qui apporte bien de la douceur à l’histoire.

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Lectures Prévues | Août 2019

BIlan 2017 (1)

Coucou les Earl Grey’s !

C’est l’heure de faire un état des lieux des lectures passées, en cours et à venir. Ma panne de lecture est définitivement terminée, j’ai pu avancer comme je le souhaitais durant ce mois de juillet malgré des aléas et la canicule (qui me coupe tout moyen de concentration sur des livres). Aussi j’ai lu ce que je voulais lire, plus d’autres. Bon, je n’ai pas encore terminé l’intégrale 1 des Aventuriers de la mer mais je ne me fais pas de soucis là-dessus : avec ce genre de grosses éditions, je fais souvent des pauses pour intercaler des lectures rapides, cela me permet d’éviter la sensation de ne pas avancer dans ma PAL (et de m’angoisser avec ça !)

Du coup, en ce mois d’août, je vais finir cette première intégrale des Aventuriers de la mer, mais pas que ! Que vais-je donc lire ensuite ? Je vous laisse découvrir ça :

Le Musicien – Annabelle Blangier

41RJpcYKJzL._SX345_BO1,204,203,200_C’est le nouveau roman des éditions Magic Mirror ! Et comme cette année, j’ai l’immense privilège d’être un agent du miroir, j’ai reçu Le Musicien à découvrir ! Je suis tout particulièrement excitée car le conte revisité cette fois est celui du joueur de flûte de Hamelin. Un conte que j’apprécie énormément et qui est finalement très peu repris de nos jours. Je suis vraiment curieuse de savoir que cela va donner. Un grand merci aux éditions Magic Mirror !

Résumé : Aucun village n’est aussi paisible que Hamelin. Conduits par un maire juste et protecteur, les habitants s’épanouissent en toute sérénité. Seule Lore, petite-fille du couple dirigeant, demeure frustrée de l’embargo posé sur la musique par son grand-père. Mais l’arrivée en ville d’un jeune virtuose pourrait bien faire imploser les règles sclérosées. Au rythme des cours de musique clandestins qu’il donne à Lore, Raffael va peu à peu remuer le passé inavouable de Hamelin. À mesure que les désirs de vengeance s’exacerbent et que la mélodie du violon envoûte les cœurs, les masques tombent et le village plonge dans une spirale de violence sans précédent. Lore, comme chaque habitant, sera mise face à un dilemme insoutenable. Saura-t-elle choisir entre le devoir moral qui lui incombe et la tentation du châtiment qui la ronge ? 

Siddhartha – Hermann Hesse

512x7m+f7JL._SX302_BO1,204,203,200_Ma phase de recherches sur l’Inde était l’occasion où jamais de découvrir l’écriture d’Hermann Hesse, prix Nobel de littérature. Non que je sois très portée sur tout ce qui est prix, c’est parfois intéressant de se pencher dessus. J’en profite donc pour lire Siddhartha que je lis en ce moment même en parallèle des Aventuriers de la mer. J’ai hâte de vous en parler sur le blog !

Résumé : Un jour vient où l’enseignement traditionnel donné aux brahmanes ne suffit plus au jeune Siddhartha. Quand des ascètes samanas passent dans la ville, il les suit, se familiarise avec toutes leurs pratiques mais n’arrive pas à trouver la paix de l’âme recherchée. Puis c’est la rencontre avec Gotama, le Bouddha. Tout en reconnaissant sa doctrine sublime, il ne peut l’accepter et commence une autre vie auprès de la belle Kamala et du marchand Kamaswani. Les richesses qu’il acquiert font de lui un homme neuf, matérialiste, dont le personnage finit par lui déplaire.
Il s’en va à travers la forêt, au bord du ßeuve. C’est là que s’accomplit l’ultime phase du cycle de son évolution. Dans le cadre d’une Inde recréée à merveille, écrit dans un style d’une rare maîtrise, Siddhartha, roman d’une initiation, est un des plus grands de Hermann Hesse, prix Nobel de littérature.

La Mahabharata – Jean-Claude Carrière

51UvXYYMAnL._SX303_BO1,204,203,200_Je poursuis mon exploration de l’Inde avec la version du Mahabharata par Jean-Claude Carrière. Cette grande épopée sur les dieux indiens et les mythes est condensée dans cette version mais je pense qu’elle me permettra quand même de cerner l’essence de ce grand texte. J’avoue, j’ai hâte de découvrir de quoi il retourne.

Résumé :  » Si tu racontais cette histoire à un vieux bâton, il reprendrait feuilles et racines.  » Cette pensée d’Henri Michaux s’applique parfaitement au Mahabharata.
Voici l’un des plus grands livres du monde, un conte merveilleux qui rassemble tous les mythes, les aventures et les croyances sur lesquels repose la culture indienne.
Cet univers complexe est rendu limpide par Jean-Claude Carrière. À travers ces pages, il nous aide à saisir la quintessence d’une œuvre qui nous renvoie, quatre siècles avant notre ère, l’image d’une humanité en déroute, obsédée par l’idée de la destruction finale…

Une histoire de l’Inde – Eric Paul Meyer

41pUV1gFyNL._SX304_BO1,204,203,200_Il me fallait une base historique et j’ai opté pour le livre d’Eric Paul Meyer. Le choix n’était déjà pas énorme et financièrement, c’était aussi un des plus abordables en étant plutôt complet avec une grosse partie sur l’antiquité et le moyen-âge (qui m’intéressent tout particulièrement).

Résumé : L’Occident s’étonne aujourd’hui de voir le sous-continent indien faire son entrée sur la scène internationale. Mais en réalité, l’Inde « éternelle » et isolée du monde n’a jamais existé, elle fut une invention de l’Europe, confortée parfois par certains discours religieux des Indiens eux-mêmes. Un cinquième de l’humanité est l’héritier d’une histoire complexe, riche en ruptures et en épopées, qui couvre plus de 4000 ans, des premières cités de l’Indus à l’empire d’Ashoka, à celui des Grands Moghols, au Raj britannique, à l’Indépendance et à la Partition. Éric Paul Meyer dresse ici une fresque vivante de ce monde en mouvement. On y voit naître le bouddhisme, se transformer l’hindouisme, s’implanter l’islam, arriver d’Occident les marchands et les missionnaires.
Au-delà des indispensables repères chronologiques, l’auteur nous convie à une réflexion plus thématique, centrée sur les liens entre économie, politique et religion, et sur le rapport au passé entretenu par les Indiens. En montrant les enjeux politiques considérables mobilisés par les différentes interprétations qu’ils produisent de leur histoire, il nous aide à comprendre l’un des acteurs majeurs de la mondialisation.

La sagesse animale – Danielle McKinnon

410x6IiBg5L._SX350_BO1,204,203,200_Au cas où j’ai besoin de changer un peu de l’air indien, j’ai commencé quelques pages de La sagesse animale. Ce sera parfait pour décompresser. Je me rends de plus en plus compte que j’ai quelque chose avec les animaux qui viennent vers moi facilement et m’apprécient (autant que je les apprécie). Avec mon chat, j’ai parfois l’impression de communiquer, alors espérons que je découvre certains secrets dans ce livre !

Résumé : Développez avec les animaux qui vous entourent une relation plus profonde et plus positive, et enrichissez votre vie grâce à « La sagesse animale ». Tout autour de vous, les animaux font office de thérapeutes, de coaches, de mentors et d’instructeurs, si vous leur prêtez attention. Ils souhaitent vous guider vers la prochaine étape de votre évolution personnelle, et ce livre, le premier de son genre, vous montre comment les comprendre et comment profiter de ce qu’ils ont à nous apporter. Danielle MacKinnon, qui travaille intuitivement en profondeur avec des animaux depuis près de vingt ans, partage avec vous toute la richesse de la sagesse qu’elle a acquise, au travers d’outils et de techniques utiles, d’anecdotes sur des clients, et d’un processus de croissance personnelle guidé par les animaux. En gardant le cœur et l’esprit ouvert, vous développerez une nouvelle conscience et un plus grand amour de vous-même, ainsi que de ces créatures pleines de sagesse qui font partie de votre vie. 

Ce programme est peut-être un peu ambitieux mais la plupart sont des livres assez courts. J’espère même pouvoir y glisser un livre pour le challenge Hold My SFFF ! Mais en tout cas, ce sont les lectures qui me font envie pour ce mois d’août qui sera principalement sous le signe de l’Inde. Lectures plaisir mais aussi lectures utiles puisque je reprends le travail sur mon manuscrit indien. Et vous, que prévoyez-vous de lire ce mois-ci ?

Je vous souhaite à tous et toutes un beau mois d’août, de belles découvertes littéraires et surtout pleins de petits bonheurs !

La Machine à explorer le temps – Herbert George Wells : classique et précurseur du genre

41SSQq-zHqL._SX301_BO1,204,203,200_Ce mois-ci le Hold My SFFF challenge du Charmant Petit Monstre et Pretty Rosemary avait pour thème les voyages dans le temps. Ni une ni deux, je me suis procuré ce classique que je n’avais encore jamais lu : La Machine à explorer le temps de H.G. Wells. C’était l’occasion où jamais et je ne regrette pas ce choix. Non content d’être un classique, ce court roman met en place tous les codes du genre que nous connaissons, que les auteurs ont par la suite repris pour mieux s’en éloigner aujourd’hui.

Résumé : «Je vis des arbres croître et changer comme des bouffées de vapeur ; tantôt roux, tantôt verts ; ils croissaient, s’étendaient, se brisaient et disparaissaient. Je vis d’immenses édifices s’élever, vagues et splendides, et passer comme des rêves. Toute la surface de la terre semblait changée – ondoyant et s’évanouissant sous mes yeux. Les petites aiguilles, sur les cadrans qui enregistraient ma vitesse, couraient de plus en plus vite. Bientôt je remarquai que le cercle lumineux du soleil montait et descendait, d’un solstice à l’autre, en moins d’une minute, et que par conséquent j’allais à une vitesse de plus d’une année par minute ; et de minute en minute la neige blanche apparaissait sur le monde et s’évanouissait pour être suivie par la verdure brillante et courte du printemps.» 

Ce ne sera peut-être pas une très longue chronique. Les qualités de ce roman se décrivent en peu de mots finalement. Forcément, avec un regard contemporain, La Machine à explorer le temps a vieilli. Il y a quelques expressions, notamment au début, qui m’ont fait tiquer. Le XIXe siècle était ainsi fait que l’on opposait les « civilisés » des « non-civilisés ». Ce sont aujourd’hui des concepts totalement dépassés, on est d’accord. J’ai pu passer dessus assez facilement car ces expressions et sous-entendus ne reviennent pas à chaque page. En outre, le schéma narratif est classique, on sait à l’avance le déroulement des actions mais c’est une chose qui ne m’a pas dérangé. J’avoue que même dans les romans contemporains, ça ne me dérange pas plus que ça car j’attache plus d’importance aux personnages qu’à l’intrigue. Comme je sais que c’est un critère pour certain.e.s d’entre vous, je le mentionne tout de même.

En dehors de ce schéma classique, je salue tout de même la plume de H.G. Wells particulièrement agréable à lire. J’avoue que je m’attendais à plus complexe (du style de R.L. Stevenson, que j’adore mais dont on sent bien le style XIXe) mais non. Sans être totalement moderne, l’écriture est beaucoup plus fluide que d’autres auteurs du XIXe siècle avec des actions qui s’enchaînent régulièrement et qui évitent de tomber dans le catalogue qu’affectionne notre cher Jules Verne (cœur Jules). De fait, les 170 pages de lecture passent toutes seules.

H.G. Wells, tout comme Jules Verne, sont considérés comme des précurseurs de la littérature de l’imaginaire et pour cause. On retrouve dans La Machine à explorer le temps tous les ingrédients nécessaires à la thématique. Durant ma lecture, je me suis retrouvée en enfance, à l’époque où je regardais tous ces films adaptés de ces classiques de l’imaginaire. Vous y trouverez donc :

  • Le récit d’un explorateur
  • Une machine étrange et incroyable
  • Une civilisation humaine bien différente de celle que l’on connaît
  • Des créatures effrayantes qui menacent l’explorateur et sa machine
  • Un lien sentimental entre le voyageur du temps et une « autochtone »

Décidément, tout est là. J’ai été vraiment surprise de voir à quel point ce roman pouvait être une base solide en terme d’élément et de narration pour un récit de voyage temporel. Bien que plus subtils dans les Jules Verne, on les retrouve tout de même. Je crois que ce qui fait de ce roman une si belle leçon d’écriture de l’imaginaire, c’est le fait qu’il soit court. En 170 pages, il est facile de décortiquer avec précision chaque élément de construction.

Lire ou ne pas lire : La Machine à explorer le temps de Herbert George Wells ?

Si comme moi, vous aimez l’imaginaire, que vous aimez le XIXe siècle et que vous aimez les classiques, il y a assez peu de chance que vous n’aimiez pas La Machine à explorer le temps de H.G. Wells. Sauf si vous n’accrochez pas au style de l’auteur (ça arrive parfois), pour moi ce roman a eu côté régressif que j’ai savouré, me replongeant dans les récits que j’aimais enfant. Mais en tant que lectrice confirmée et autrice, il m’a fait sourire tant le schéma narratif est apparent. Vous l’avez déjà deviné, j’en suis certaine, j’ai adoré cette lecture et peut-être que je le relirais même un de ces jours !

Avez-vous déjà lu des romans de H.G. Wells ? Aimez-vous les classiques de l’imaginaire ? Lire Wells m’a donné envie de me replonger dans Jules Verne (heureusement, je n’ai pas encore tout lu !)

Génération B – Chang Kang Myoung : ou l’histoire d’une jeunesse désœuvrée

51rabOeufQL._SX338_BO1,204,203,200_Je remercie les éditions Decrescenzo pour la découverte de ce roman.

Quand les éditions Decrescenzo m’ont contactée pour lire Génération B, je n’ai pas vraiment hésité. J’avais déjà lu un roman de Chang Kang Myoung, Parce que je déteste la Corée que j’avais beaucoup apprécié. La plume de l’auteur est à la fois poétique et incisive, son discours édifiant. Avec Génération B, il traite encore une fois d’une jeunesse désœuvrée dans un monde ultranormé. Une jeunesse qui, pour peu qu’elle ne veuille pas, ne puisse pas rentrer dans le cadre, est laissée à l’abandon.

Résumé : Génération B raconte l’histoire d’un groupe de jeunes étudiants âgés d’une vingtaine d’années qui, considérant qu’ils n’ont pas leur place dans la société, élaborent le suicide parfait, mûrement réfléchi. Pour que la chute soit dure, ils agissent dans le temps, s’appliquent à franchir les étapes selon le seul modèle de réussite en Corée : intégrer l’une des meilleures universités puis un grand groupe comme Samsung. C’est lorsque le succès leur tend enfin les bras que la machine peut s’emballer : sur un site baptisé pourquoituvis.com, des vidéos de suicide sont publiées selon un agenda bien précis, faisant bientôt la une de la rubrique faits divers des grands journaux. Le site Internet gagne en audience et le phénomène se propage comme une traînée de poudre. Voilà la revanche de ces jeunes contre la société qui les a broyés.

Chang Kang Myoung a beau écrire la société coréenne, tout comme dans son autre roman, j’ai eu l’impression qu’il traitait également de la société occidentale. Peut-être que nous avons un chouilla plus de liberté, mais à peine. Car le propos est là, ancré, impossible à réfuter : dans nos sociétés modernes qui sont gérées avec autant de facteurs que de précisions, il est extrêmement difficile de se démarquer, de faire du neuf, de faire mieux, la société a besoin de la force de travail que la jeunesse représente. La société a besoin d’une main d’œuvre qui accepte et fait le travail qu’on lui demande, qui accepte la vie tracée qui lui est proposée. Dans ce monde rigide, la jeunesse suffoque. Jusqu’à faire des choses extrêmes (un peu trop).

Malgré le fait que ce roman soit court, j’ai mis du temps à le lire.
Malgré la plume agréable de l’auteur, j’ai mis du temps à le lire.
Rien à voir avec les personnages finalement attachants dans leurs défauts de jeunesse.
Tout comme Parce que je déteste la Corée, Génération B met mal à l’aise. Chang Kang Myoung a ce don pour écrire le désœuvrement dans son entièreté : on y ressent la tristesse, la lassitude, ce goût de vivre mais aussi, parfois, ce goût de tout abandonner, dépassé par le monde. Chang Kang Myoung sait parfaitement cerner ces instants entre espoir et résignation et c’est ce qui m’a sans doute le plus touchée en tant que lectrice.

Le résumé vous effraie ? Normal. Chang Kang Myoung est adepte, semble-t-il, des sujets qui dérangent, qui font réfléchir. Un mouvement de suicides organisé sur le long terme, plusieurs années ? Il faut avoir sacrément du courage… ou être complètement désespéré. Sauf que ces jeunes passent à l’acte une fois le succès atteint. Le plus difficile est de comprendre pourquoi. Et je n’ai pas réussi à un seul moment à saisir ce pourquoi. Personne ne le peut. L’idée du suicide est extrême. En faire un acte de révolte contre la société l’est tout autant.

Lire ou ne pas lire : Génération B de Chang Kang Myoung ?

Chang Kang Myoung fait partie de ces auteurs écrivent pour faire réfléchir et non pour divertir. Il dénonce. Ou en tout cas, il constate que la jeunesse coréenne est perdue et a du mal à se retrouver dans une société qui ne laisse pas vraiment le loisir d’exprimer son imagination, sa créativité. Lorsque le personnage principal choisit un emploi car il lui laissera le temps de pratiquer sa passion de la musique, il ne parvient même pas à dégager des moments pour lui. Cette dénonciation est poignante. Par ce phénomène de suicides collectifs sur la durée, l’auteur trouve un moyen de faire réagir le lecteur et le pousse à réfléchir. Encore une fois, Chang Kang Myoung propose un roman qui coupe le souffle, au plus près de sentiments puissants.

Avez-vous lu un des romans de Chang Kang Myoung ? La littérature coréenne vous intéresse-t-elle ?

Le Dieu dans l’Ombre – Megan Lindholm alias Robin Hobb : une ode à la vie et à la nature (+Concours)

41-dn3SLuPLTout d’abord, je tiens à remercier les éditions ActuSF pour la découverte de ce roman de Robin Hobb dont je n’avais encore jamais entendu parler jusque-là.

L’Assassin Royal, saga de la même autrice, avait été pour moi une révélation, un coup de cœur, une magie s’était mise en route dès le premier tome et ne m’avait pas quitté jusqu’au dernier. Je m’attaque d’ailleurs dans le mois à la saga parallèle des Aventuriers de la mer que je suis impatiente de lire depuis déjà longtemps. Alors forcément, quand les éditions ActuSF me propose un Robin Hobb que je ne connais pas dans le cadre de notre partenariat, eh bien je suis curieuse. Avec Le Dieu dans l’Ombre, on est pourtant bien loin de la fantasy assez classique que l’autrice nous propose… à des années-lumières même… Je ressors de ma lecture soufflée par ce que je viens de lire. J’ai à la fois adoré et détesté. Mais on peut dire qu’on ne ressort pas sans mot de cette lecture.

Résumé : Evelyn a 25 ans, un époux, une belle famille et un enfant de 5 ans.Quand elle était jeune fille, elle avait la compagnie des forêts de l’Alaska, de la poésie de la nature et de Pan, un faune mystique. Un jour, il disparut. Elle n’aurait jamais cru que la créature irréelle surgirait à nouveau dans sa vie et agiterait en elle ces émotions fantasmatiques et sensuelles. A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ? Légende de la fantasy, Megan Lindholm, alias Robin Hobb (L’Assassin Royal, Le Soldat chamane), tisse ici un chemin de vie d’une humanité sensible, où le fantasme de la nature se mêle aux désirs sombres et inquiétants qui grouillent au fond de nous.

L’appel de la nature

S’il y a bien un thème majeur dans le roman, c’est la nature. Et plus particulièrement l’appel de la nature dans les deux premiers tiers. Comme le chant d’un cor, comme les premières lueurs du soleil au petit jour, comme une faim insatiable, la nature est omniprésente et hante l’héroïne depuis son enfance où elle courait déjà dans les bois. C’est la nature sous toutes ses formes : la douceur de l’appel, le besoin végétal mais aussi la brutalité et la cruauté animale. Même le caractère de l’héroïne semble aussi sauvage et instable que la nature.

Robin Hobb repousse les limites du supportable pour l’être humain et de fait, certaines choses peuvent gêner le lecteur. Ayant beaucoup de mal avec la cruauté, les épisodes de chasse étaient particulièrement difficiles à lire pour moi alors que j’ai adoré les passages où elle décrit les changements de saisons et les petits détails de la nature. Les scènes de sexes mi-homme, mi-bête, peuvent choquer aussi mais font transparaître toute cette animalité recherchée par Evelyn. Si je devais qualifier ce roman en quelques mots, c’est cette ode à la nature, un retour à la vie sauvage, simple mais difficile, la dualité des hommes qui souhaiteraient y revenir mais qui ne sont pas adapté à cette vie là (ou ne le sont plus depuis bien trop de siècles). La nature envahit chaque page, presque chaque phrase et c’est ce qui surprend sans doute le plus.

Un hymne à la vie

Au delà de la nature, l’héroïne est présentée sous différents aspects : l’enfant, la femme et la mère avant d’évoquer la vieille femme. C‘est le cycle de la vie qui est représenté dans sa totalité à travers Evelyn mais aussi par la nature avec les saisons qui se succèdent. La narratrice, comme le lecteur, perd le fil du temps établi comme nous le connaissons, nous perdons le compte des mois, des jours, des heures pour suivre les saisons, la lune et le soleil. Robin Hobb nous ramène une nouvelle fois à l’essentiel, à l’essence de toutes choses, à la nature, loin des inventions humaines, loin de toutes interventions de l’homme sur la nature.

Si le résultat est fascinant, il est aussi un peu angoissant car le lecteur est complètement coupé de l’humanité pendant un assez long moment dans la narration. La vie en est à sa source et poursuit son chemin loin de l’homme, au cœur de la forêt, au sommet d’une montagne. On en vient même à se demander si l’humanité n’est pas synonyme de mort et la nature de vie en poussant l’interprétation de ce qu’il se passe lorsqu’Evelyn se trouve parmi les humains ou dans la forêt. Dans tous les cas, le cycle de la vie est inévitable et c’est ce qui transparaît dans le roman avec beaucoup de force.

L’apprentissage de la maternité

Evelyn est un personnage vraiment particulier. J’ai eu beaucoup de mal à m’y attacher malgré les points communs nous pouvons avoir elle et moi. A vrai dire, je l’ai trouvé d’une morosité, d’un pessimisme, d’une négativité tels que j’ai failli fermer le livre au bout de 100 pages. Ma lecture a été vraiment très pénible jusqu’à environ 150 pages où j’ai enfin pu m’immerger dans l’histoire. C’est sans doute à partir de ce moment-là que Pan prend un peu plus de place et qu’elle cesse de ne faire QUE se morfondre sur un sort qu’elle a finalement elle-même choisi. (Ce que j’ai particulièrement adoré dans ce livre c’est que l’héroïne prend elle-même ses décisions. Je regrette du coup qu’elle ne les assume pas tous par la suite. Mais l’être humain est inconstant.)

L’autre thématique qui revient régulièrement dans le roman, c’est la maternité et les changements que cela entraîne dans une vie de couple, dans l’esprit d’une femme, dans son rapport à l’homme, la vie conjugale, son enfant. Sans être aussi présent que la nature, ces sujets sont sous-entendus avec régularité, revenant sur le devant des pages avant de s’éclipser pour mieux revenir encore. S’il y a bien une chose qu’Evelyn apprend dans le roman, c’est à être mère. Elle ne l’accepte pas totalement, jamais vraiment, pourtant les instincts et les pulsions sont là. La nature est à l’œuvre. Et si d’un côté la nature l’appelle et qu’elle en ressent le besoin, de l’autre côté, elle la rejette aussi un peu.

Lire ou ne pas lire : Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm/Robin Hobb ?

Le Dieu dans l’Ombre n’est pas le genre de roman que l’on adore ou que l’on déteste. C’est un roman qui soulève de nombreux questionnements sur la nature humaine, la vie, l’amour et la mort. Malgré un début de lecture compliqué pour moi (j’ai vraiment trouvé le début lent, long et ennuyeux), la suite a été une vraie découverte et j’ai été fascinée par l’écriture de Robin Hobb. Si vous aimez la nature en tant que réflexion philosophique mais aussi le rapport de l’homme à la nature, Le Dieu dans l’Ombre est un point de vue vraiment intéressant à découvrir. Je pense conserver encore longtemps des traces de cette lecture tout à fais particulière et j’ai encore plus hâte de me plonger dans Les aventuriers de la mer.

Que pensez-vous de la thématique de la nature dans les romans ? Aimez-vous lorsqu’un roman soulève des questions philosophiques voire existentielles ?

CONCOURS – DU 11 JUILLET AU 18 JUILLET 2019

Et comme j’ai reçu 2 exemplaires du roman, je vous propose de gagner le votre en partenariat avec les éditions ActuSF.
Lot : 1 exemplaire du roman Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm (alias Robin Hobb)
Modalités de participation : Remplir le formulaire ci-dessous et être abonné à mon blog Pause Earl Grey. (Prévenez-moi dans la dernière case du formulaire si vous ne pouvez pas répondre à vos mail à la fin du concours : absences, vacances, détox internet…)
Concours du 11/07/2019, 8h au 18/07/2019, 23h59. Le/La gagnant.e sera contacté.e par email (assurez-vous d’en fournir une valable). Envoi par la poste. Ouvert aux pays de l’UE uniquement. Je ne pourrais être tenue responsable en cas de perte ou de détérioration du colis.

CONCOURS TERMINE – Le.a gagnant.e sera contacté.e par mail dans les prochains jours ! Merci à tous pour votre participation !