Le songe d’une nuit d’Octobre – Roger Zelazny : rendez-vous à Samhain

41DvHyjEsiL._SX304_BO1,204,203,200_Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions ActuSF et Jérôme pour la découverte de ce livre. Forcément, quand on me parle Londres, XIXe siècle, Sherlock Holmes, Frankenstein, Jack l’éventreur and co, mes neurones frétillent comme les moustaches d’un chat devant une boîte de thon. Et c’est plutôt rare quand tous ces superbes ingrédients ne font pas bon ménage (lisez : j’ai peu de chance d’être déçue quand on me vend ça). Effectivement, une nouvelle fois (ça devient une manie avec ActuSF) je n’ai pas été déçue du voyage. Mais avant de m’étendre plus que ça sur le pourquoi du comment, je vous laisse découvrir la 4e de couverture.

Résumé : Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde. Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ?
Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau…
Le Jeu va commencer.
Quel sera votre camp ?

Peut-être connaissez-vous déjà Roger Zelazny, auteur de la saga des Neuf Princes d’Ambre ? Personnellement, je ne connaissais que de nom et j’avoue n’avoir jamais croisé son œuvre en librairie, personne ne me l’a jamais conseillé et je n’ai jamais eu l’occasion de le lire. Autant d’arguments qui m’ont, semble-t-il, fait passer à côté d’un grand nom de la littérature de l’imaginaire. Mon erreur est à moitié réparée à présent que j’ai lu Le songe d’une nuit d’Octobre dans lequel il rend directement hommage à l’univers sombre et glauque de Lovecraft, non sans un brin d’humour qui m’a fait sourire à plusieurs reprises.

Malgré le titre français qui pourrait faire penser à un hommage à Shakespeare, Le songe d’une nuit d’Octobre est en fait inspiré de l’univers de Lovecraft. D’après l’avant-propos, on y retrouve plusieurs références au fil du texte et même si j’ai lu quelques nouvelles HPL, je ne connais pas suffisamment pour les avoir toutes repérées. Difficile toutefois de passer à côté de l’allusion à Cthulhu avec les tentacules d’un certain monstre !

Si j’ai aimé tous les ingrédients à la sauce victorienne car ce sont des choses que j’apprécie de base, je n’en ai pas moins été agréablement surprise par la narration. Il arrive souvent de voir ce type de point de vue dans des nouvelles et autres exercices littéraires, c’est un peu plus rare dans les romans et j’avoue que je n’en ai personnellement jamais croisé en littérature de l’imaginaire. Mais quoi ? quoi ? quoi ? Eh bien tout simplement : le narrateur est un chien. Le familier de Jack. Ami de pleins d’autres familiers. J’ai juste adoré l’astuce ! Cela draine facilement le côté humoristique du texte et c’est très bien dosé par Zelazny. Et puis moi, tout ce qui est animalier, je suis pour. Se mêle sorcellerie et occultisme autour d’un jeu étrange dont les participants découvrent les détails au fil du mois tout comme le lecteur découvre les règles avec Snuff. Et finalement le mystère autour de ce jeu nous tient en haleine jusqu’à la fin nous forçant à nous demander comment toute cette embrouille va bien pouvoir finir ! On rit avec Snuff, on ricane avec lui, on souffre et on rage. Un bel exercice que ce Songe en plein cœur du mois d’octobre.

Lire ou ne pas lire : Le songe d’une nuit d’Octobre de Roger Zelazny ?

Comme j’ai été emballée par ce roman, je ne peux que vous le conseiller. Tous les amateurs du Londres victorien, des personnages fictifs ou réels qu’alimente cet imaginaire y trouveront leur compte. Si vous avez aimé Sleepy Hollow, Lovecraft, Sherlock Holmes et Frankenstein, c’est une lecture à ne pas rater. Vous plongerez dans l’ambiance glauque et frissonnante de Zelazny et passerez un mois d’octobre fabuleux !

Petit conseil : un chapitre par jour à lire entre le 1e et le 31 octobre !

Lady Rudge – Sonia Quémener : Londres XIXe et Extraterrestres

51vzgIJNLaLAujourd’hui, je vous propose de découvrir la maison d’édition Le peuple de Mü, que je ne connaissais que de nom jusque-là en la suivant sur les réseaux sociaux. Appréciant ce que je voyais passer sur ma timeline, j’ai décidé de jeter mon dévolu sur deux livres. Je vous parle donc de ma première lecture : Lady Rudge de Sonia Quémener. Oui, je suis prévisible : Londres, fin XIXe début XXe, extra-terrestre. On est en plein dans le steampunk. Un steampunk original car franchement c’est la première fois que je vois des extra-terrestres dans ce sous-genre mais cela reste bel et bien du steampunk. Un peu comme si les cybermen arrivaient pendant le règne de Victoria (comment ça c’est déjà arrivé ?!)

Résumé : Quand de mystérieux extraterrestres passent un pacte avec l’Empire britannique, ce dernier y voit un moyen d’asseoir son pouvoir colonial.
Des années plus tard, deux aristocrates retrouvent leur mère dans un hospice londonien. Seule, isolée, elle va leur raconter l’histoire de sa vie au service des Visiteurs.
Après L’illusion du contrôle, recueil de nouvelles implausibles, Sonia Quémener nous narre avec justesse les difficultés et le plaisir de l’abandon pour être enfin soi. (Babelio)

Un univers complexe à appréhender

J’ai beaucoup aimé ce livre mais pour être honnête, j’ai mis un certain temps à m’adapter et rentrer dans l’histoire. L’univers créé par Sonia Quémener est très particulier et son originalité fait que le lecteur a besoin d’un temps d’adaptation pour trouver ses marques. Sa plume est riche et intéressante, elle sert tout à fait son récit, mais de le même façon, il faut s’adapter.

Le choix de l’auteure est de dérouler son récit tout doucement à travers le regard de la mère du narrateur. Il y a donc des pauses dans ce récit, des flashbacks récurrents. Le lecteur découvre au compte-goutte cette civilisation extra-terrestre venue sur Terre au XIXe siècle. J’ai aimé cette façon de distiller l’information lentement. Mon côté impatient rageait de temps en temps, je voulais tout savoir d’un coup sur ces extra-terrestres, mais non l’auteure en avait décidé autrement et j’ai bien dû m’y conformer et prendre mon mal en patience, mangeant ce que l’on me donnait quand on me le donnait. Les auteurs sadiques….!

Cela dit, j’ai découvert une civilisation extrêmement complexe à la société et à la mentalité bien différente avec ses qualités mais aussi ses faiblesses. Sonia Quémener se paye même le luxe d’ajouter deux autres peuplades bien pensées même si elles sont moins approfondies.

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Civilisations et choc des cultures

Au-delà d’un sujet de science-fiction, c’est surtout un choc des cultures que Sonia Quémener nous tisse à travers Lady Rudge. Un choc des mentalités. Deux peuples qui ne pensent pas de la même façon, n’ont pas les même références sociologiques, n’ont pas les même idéaux, les même codes.

Notre personnage principal, Lady Rudge, se voit confrontée à un peuple dont les tabous ne sont pas les même, la nourriture et l’acte de manger par exemple. Le peuple est pacifiste, semble-t-il, bien plus en tout cas que celui de Lady Rudge. Je vous laisse découvrir une scène particulièrement intéressante à propose d’une civilisation poulpe, Lady Rudge et son maître extra-terrestre.

Pour le coup, cette confrontation culturelle ne rend pas Lady Rudge attachante. Elle est butée, engoncée dans un carcan de codes moraux victoriens, issue d’une nationalité dominant les autres dans son monde à cette époque, se revendiquant ouverte d’esprit et curieuse mais finalement pas tant que ça… Non, décidément, j’ai eu envie de claquer Lady Rudge un nombre incalculable de fois et ce gène sans doute dans le livre c’est que je ne l’ai pas vu évoluer vraiment entre le début et la fin, enfin si, elle essaye mais échoue totalement. Il n’empêche que la découverte des civilisations créées par Sonia Quémener donne toute sa saveur au récit.

Lire ou ne pas lire : Lady Rudge de Sonia Quémener ?

Je ne peux que vous conseiller de plonger dans l’univers de Sonia Quémener. Si tout n’est pas parfait, j’ai pris énormément de plaisir à découvrir ses extra-terrestres, leurs objectifs sur la Terre et ce qu’ils avaient modifié par rapport à notre réalité. L’auteure s’est d’ailleurs amusée dans les notes de bas de page à préciser la différence de date et/ou d’inventeur sur une avancée technologique de son univers. J’ai beaucoup apprécié. Moi qui aime l’ethnologie, autant vous dire que je me suis régalée de découvrir cette notion dans un roman steampunk ! Le mélange ne jure pas (ce dont j’avais peur) bien au contraire, tout est parfaitement cadré pour que le Londres XIXe fonctionne avec des extra-terrestres. Un pari réussi pour Sonia Quémener et Le Peuple de Mü qui a publié un roman aussi original.

Conclusion (2)