Le restaurant de l’amour retrouvé – Ito Ogawa : l’envie de prendre son temps

51T8vFXVuPL._SX321_BO1,204,203,200_On se retrouve enfin pour une petite chronique littéraire. Mine de rien, ça faisait un moment ! Ce mois d’octobre, j’avance difficilement dans mes lectures mais j’ai réussi à terminer Le restaurant de l’amour retrouvé d’Ito Ogawa. Et pour cause, c’est un livre court et vraiment facile à lire aussi en trois jours, j’avais dégusté, savouré et digéré ce roman gourmand. Je l’avais déjà repéré depuis longtemps sans jamais avoir l’occasion de me le procurer, et finalement on me l’a prêté de manière spontanée en septembre alors je n’ai pas mis beaucoup de temps à concrétiser cette lecture. De temps en temps, l’écriture japonaise permet de souffler je trouve, comme un bol d’air frais dans la jungle des univers littéraires.

Résumé : Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière. Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.

Étrangeté peu réaliste et dégoût de végétarien

Je commence par ce qui m’a le plus dérangé dans le roman. D’abord, la rupture amoureuse qui m’a laissé totalement sceptique voire hermétique à la douleur ressentie par l’héroïne. Je suis pourtant d’un naturel assez empathe (que je cache beaucoup) mais alors là… la réaction de Rinco m’a paru tellement surréaliste que j’ai eu du mal à y croire. Je ne vous spoile pas car c’est au tout début du roman : lorsque le petit copain s’en va sans crier gare avec la totalité du mobilier, de la bouffe, des économies (bref absolument tout, elle peut commencer les visites de location immédiatement) et qu’elle ne fait rien du tout pour le retrouver et récupérer son dû, qu’elle fuit sans aucune forme de protestation ou résistance, ça m’a fait un peu bizarre. Elle se tait, accepte et s’en va. Ok. J’aurais peut-être aimé un léger sentiment d’injustice au fil des pages mais même pas et c’est un peu dommage.

Ensuite, il m’a fallu sauter des pages à deux reprises car elles étaient pour moi insupportables. Malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas vous spoiler mais c’est en rapport avec les animaux et la souffrance animale me touche particulièrement (à tel points que je ne peux ni les voir sur écran ni les lire, je suis obligée de me cacher les yeux ou de sauter les passages en causes, ça me retourne et me donne la nausée). J’avoue que cela a contribué à casser mon rythme de lecture. J’étais un peu perturbée de devoir le faire d’ailleurs parce que le roman est d’une douceur extrême à côté de ça… Mais on arrive justement au meilleur.

La douceur de l’instant présent

Malgré ces défauts qui ne sont pas rédhibitoires, le roman nous happe dans une poésie « à la japonaise » que je ne retrouve que dans cette littérature. Ito Ogawa prend un malin plaisir à savourer l’instant, savourer chaque bonheur, chaque bouchée et le lecteur le ressent complètement. L’autrice voulait nous faire comprendre que l’on peut guérir de tous les maux (ou presque) grâce à de la nourriture, de bons petits plats cuisinés avec beaucoup d’amour, le reste de l’histoire n’est finalement qu’un prétexte à nous faire comprendre ce simple message. Quand Rinco cuisine, elle choisit ses ingrédients avec minutie, local, de saison et surtout en fonction de l’état d’esprit de ses clients. Aussi, elle parvient à soigner un deuil, une timidité amoureuse, un lapin anorexique… Et toujours avec un ingrédient magique : la bienveillance. Rinco ne parle pas mais elle écoute. C’est peut-être ce qui nous fait le plus défaut dans notre société aujourd’hui : le manque d’écoute de l’autre. Rinco parvient ainsi à faire des merveilles malgré un passé compliqué (qui remonte à bien plus loin que l’idiot qui lui a tout pris et qui est parti sans rien dire : oui, lui on ne le digère pas bien).

A côté de l’amour pour la nourriture et les sentiments humains, Le restaurant de l’amour retrouvé nous ouvre les portes de la pleine conscience. Lorsque Rinco redécouvre son village, le climat, ses habitants, les paysages, le lecteur inspire l’air frais avec elle. Lorsque Rinco cueille ses ingrédients, le lecteur ressent le dur travail de la nature et de l’homme derrière le futur aliment. Et c’est tout à l’honneur d’Ito Ogawa de faire prendre conscience de cela. Le lecteur en éprouve une profonde gratitude face à ce que la terre lui offre pour se nourrir.

Lire ou ne pas lire : Le restaurant de l’amour retrouvé d’Ito Ogawa ?

Malgré des défauts, Le restaurant de l’amour retrouvé est un plaisir qui se savoure. Quelques pages par ci, quelques pages par là, le lecteur appréciera de se laisser emporter par la magie de la nature et de la nourriture qu’elle produit, par le pouvoir de la cuisine, de la gourmandise (car même le cochon apprivoisé sait reconnaître un bon pain pétri avec amour). Ce roman est un plaisir simple, sans chichis. Avec ses qualités et ses défauts. Pas de prétention. L’amour simple. La traduction est fluide et se lit agréablement bien. De quoi souffler, faire une pause, se reconnecter aux bonnes choses, mais aux choses simples, peut-être avec un tchaï latte bien chaud et des guimauves fondantes pour vous accompagner dans votre lecture…

Connaissez-vous ce roman ? Avez-vous déjà lu des livres d’Ito Ogawa ? J’ai vu qu’elle en avait écrit plusieurs. Et sinon, est-ce que la littérature japonaise vous parle ou vous n’en lisez jamais ?

Les délices de Tokyo – Durian Sukegawa : faites vos valises, prochaine escale Japon

IMG_20180717_172430_161Préparez-vous à prendre l’avion car aujourd’hui je vous emmène tout droit au Japon. Tokyo pour être plus précise. Et si vous aimez la gastronomie japonaise, cette chronique risque de vous mettre l’eau à la bouche. Je l’avoue, depuis que j’ai lu Les délices de Tokyo, j’ai une furieuse envie de manger japonais que ce soit des sushis ou des mets plus spécifiques et je ne regrette qu’une chose : ne pas avoir eu le temps de prendre à manger sur les stands de la Japan Expo ! Quelle nouille ! Mais revenons-en à nos moutons, je vous parle des Délices de Tokyo de Durian Sukegawa, vous en avez probablement déjà entendu parlé mais décollons quand même pour ce beau voyage.

Résumé : «  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.
Magnifiquement adapté à l’écran par la cinéaste Naomi Kawase, primée à Cannes, le roman de Durian Sukegawa est une ode à la cuisine et à la vie. Poignant, poétique, sensuel  : un régal.

Autant vous le dire immédiatement pour ne pas vous faire mariner : ce livre n’est pas un coup de cœur. Peut-être que je m’attendais à un peu plus avec les retours et les encensements que j’en avais eu, le fait est qu’il ne se hisse pas jusqu’à cette position sacrée. Toutefois, c’est une excellent livre que je ne regrette absolument pas d’avoir lu. Il a tout pour plaire : de la poésie, de la lenteur à la japonaise, de la philosophie et de la pâtisserie. Pour tout dire, le message que transporte ce roman est assez proche de ce que je ressens en ce moment : la lenteur, les petits bonheurs retrouvés, l’appréciation de ce que l’on a sans chercher à acquérir plus, la nature omniprésente maîtresse de nos vies.

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Dorayaki

Les Délices de Tokyo vous transporte dès les premières pages. Au cœur de la petite boutique, devant les plaques chauffantes, l’odeur des pancakes et les commandes de dorayaki. Il ne faut pas oublier le cerisier en fleur devant l’entrée qui laisse traîner ses pétales là où il ne devrait pas. Même cette vieille dame mystérieuse est déjà là…

Au fil des pages, le lecteur découvre les secrets de la pâte de haricots rouges (un pur délice !) et c’est avec beaucoup de difficultés qu’on ne se jette pas dans le premier magasin asiatique venu pour hurler « FILEZ-MOI UN DORAYAKI ! » Comme ce n’était pas suffisant, Durian Sukegawa commence à parler d’une boutique d’okonomiyaki, une galette salée agrémentée selon les goûts du client et qui est tout aussi délicieuse. Bref. J’ai faim. J’ai les crocs. Et c’est si joliment écrit que mon estomac gargouille encore rien qu’à y repenser.

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Okonomiyaki

Bon, je vous rassure, l’auteur ne parle pas uniquement de nourriture. Il y a une intrigue derrière le personnage de la vieille dame et son histoire est d’ailleurs vraiment touchante. Le lecteur se laisse entraîner là-dedans avec plaisir parce qu’au final, c’est l’envie de vivre, savourer les instants de vie qui transparaît dans ce roman.

Lire ou ne pas lire : Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa ?

Comment ne pas recommander ce joli voyage en direction du pays du soleil levant ? J’ai adoré visiter cette pâtisserie, découvrir des personnages attachants malgré leurs sombres secrets. J’ai adoré la gourmandise suscité par Durian Sukegawa. Tous les amateurs de l’Asie et de la gastronomie devraient pouvoir trouver leur compte avec ce court roman. C’est avec plaisir que je découvrirai le film dès que l’occasion se présentera !

Aviez-vous déjà lu Les délices de Tokyo ? Qu’en aviez-vous pensé ? Était-ce un coup de cœur ?

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Throwback Thursday Livresque #20 – Girl Power

Coucou les booklovers,

Prolongeons un peu la « journée de la femme » avec le thème du Throwback Thursday Livresque de cette semaine : Girl Power. Bon, je suis bien d’accord que une journée par an pour être pseudo-entendues, c’est pas suffisant malheureusement pour le moment, ça n’est pas encore rentré dans les moeurs de penser à l’égalité simple et entière entre chaque individu quel qu’il soit, comprenant les femmes, cela va sans dire.

Retrouvez la créatrice du Throwback Thursday Livresque et ses conseils sur son blog : Bettie Rose Books.

Je me suis creusée la tête un moment pour trouver un livre. Plus que d’habitude. Parce que finalement j’ai lu peu de livres encore où la femme avait un rôle réel, important, que ce soit dans ses actions ou sa psychologie. Et puis finalement, j’ai trouvé et je suis fière de vous parler de cette petite saga aujourd’hui car elle en vaut sacrément le détour.

Le poids des secrets, t.1 Tsubaki – Aki Shimazaki

Résumé : Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d’abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d’une vie familiale marquée par les mensonges d’un père qui l’ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n’échappe à son destin. (Babelio)

Mon avis : Tsubaki est le premier tome de la saga Le poids des secrets d’Aki Shimazaki. En tout, il y a cinq tomes. Tous très courts mais dont les trois premiers au moins sont d’une force percutante au niveau des sentiments, de la guerre et de ce qui être totalement chamboulé dans une vie.
Chaque fois, l’on suit les vies des femmes d’une famille. J’avais été frappée par la vision de la guerre et des étrangers qui ressort du livre. Nagasaki, on y pense pas vraiment en tant qu’événement individuel, il fait partie de la seconde guerre mondiale. Pourtant, pour tous ces habitants de Nagasaki, ce jour-là fut d’une atrocité sans nom.
Je me souviens également comment les coréens, au Japon, faisaient partie d’une minorité et vivaient regroupés en quartier, ghétoisé. Comme quoi, « l’étranger » et la peur qu’il génère se retrouve partout dans le monde et à n’importe quelle époque.
Aki Shimazaki montre la force de ces femmes, leur parcours difficile dans un contexte social terrible et les filles de ces femmes forcément influencées par le passé de leurs ancêtres. A découvrir sans hésitations.

Quel est votre livre Girl Power ?

Premières Lignes #3

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Pour ce troisième rendez-vous des Premières Lignes de Ma Lecturothèque, je voulais vous proposer un roman étranger. Un de mes préférés, si ce n’est mon préféré, est La prière d’Audubon de Kôtarô Isaka. Ce roman m’a énormément surpris en mêlant surnaturel et réalité d’une façon très subtile et intelligente. On se demande souvent de quel côté on se situe d’ailleurs et surtout à quel moment on est passé de la réalité au merveilleux. Je vous laisse donc découvrir les premières lignes de ce superbe roman.Lire la suite »

Devil’s lost soul #1 – Kaori Yuki : fidèle à elle-même

Quand j’ai acheté ce premier tome de Devil’s lost soul de Kaori Yuki, cela faisait un moment que je n’avait pas suivi ses sorties. D’ailleurs, j’en ai pas mal à rattraper, notamment la totalité de cette série. Mais bon avant de tous les acheter, je voulais savoir si l’histoire me plairait. Même si sincèrement, Kaori Yuki devrait travailler dur pour me décevoir. J’aime son coup de crayon, j’aime ses personnages qui se ressemblent physiquement, et j’aime par dessus tout son univers un peu glauque et gothique. Parlons plutôt de cette dernière série en date : Devil’s lost soul.Lire la suite »