ESSAI | VIKINGS, La saga scandinave – Collectif de spécialistes

510efJhLAML._SX334_BO1,204,203,200_Suivant les conseils de plusieurs d’entre vous concernant les pannes de lecture, j’ai finalement revu complètement ma pile à lire du mois de juin. J’espère que vous n’attendiez pas certaines chroniques avec impatience car finalement, tout le programme (ou presque) a été chamboulé. J’ai commencé par sortir une valeur sûre pour moi : un livre sur les Vikings. Et j’ai été très surprise à la lecture car je me suis rendu compte que si je connaissais plutôt bien la mythologie scandinave, la civilisation c’était tout autre chose. Comme beaucoup sûrement, j’avais pleins de clichés en tête et ce livre a le mérite de mettre un petit coup de pied dans la fourmilière. Pourquoi ? On voit ça juste après le résumé.

Résumé : Les Vikings : tout sur leur brillante civilisation, leur expansion à travers le globe, leur héritage. Fiers combattants et navigateurs de génie, les Scandinaves débarques sur la scène internationale dès le VIIIe siècle. Ils sillonnent les mers en tous sens, mènent des expéditions maritimes en Angleterre, en Irlande… Les plus audacieux découvrent le Groenland et prennent pied en Amérique. D’autres vont poser les fondements d’un État russe et taquiner au passage la patience des empereurs byzantins. Comment ces hommes du Nord ont-ils pu déferler avec autant de facilité sur le monde occidental ? Un livre écrit par les meilleurs spécialistes, par Odin ! 

Quand je disais que cet ouvrage donne un coup de pied dans les clichés, c’est bien le cas. Finalement, ce qui nous parvient de la culture populaire (la série Vikings et les films Marvel) sont une base de distraction mais se résument beaucoup à ça. Il semblerait bien que les femmes n’aient pas un rôle aussi badass que celui de Lagertha et point de drakkar à l’horizon, le mot n’est pas correct. L’ouvrage ne rentre pas dans les détails. Il n’est clairement pas fait pour ça. Mais il permet au moins d’aborder diverses thématiques profondément liées à la civilisation viking, d’en donner les grands axes, de secouer le coco (comme dirait une certaine ex-mannequin présentatrice télé) dans ce qui nous parvient facilement sur petit et grand écran.

Ce livre m’a mis l’eau à la bouche en quelque sorte comme une mise en bouche, un aperçu de la richesse de cette civilisation pour laquelle il faut creuser un peu plus pour en découvrir le plus intéressant. Le livre est construit sur trois grandes thématiques :

  • La Civilisation
  • L’Expansion
  • L’Héritage

Chacune de ces parties est composées de plusieurs articles tout aussi thématiques. En Civilisation, les spécialistes abordent : l’émergence des Vikings dans l’histoire, les raids, la femme et la navigation. L’Expansion se concentre sur les vikings ailleurs que sur leur territoire : en Angleterre, en Francie, en Islande, en Amérique et en Russie. Enfin avec l’Héritage, les auteurs s’attachent à dévoiler ce qui est advenu de ce peuple conquérant après la période d’expansion : Guillaume le conquérant, l’Italie normande, les Croisades pour terminer par un entretien dédié au commerce chez les vikings.

Pas de bibliographie dans cet ouvrage mais vous vous doutez bien qu’il ne laisse pas complètement le lecteur rendu curieux et accro à la civilisation viking sur les dents à ronger son frein. A la fin de l’ouvrage, on retrouve la liste de tous les spécialistes ayant participé pour ces articles avec leur travail, essais et études, que l’on peut s’efforcer de dénicher pour en savoir plus.

Lire ou ne pas lire : Vikings, la saga scandinave ?

J’ai trouvé ce livre excellent pour débuter mes recherches sur la civilisation des vikings. Il met à plat les grandes lignes chronologiques et thématiques importantes qui sont caractéristiques de ce peuple connu comme un peuple guerrier et barbare et qu’ils ne sont pas seulement. C’est une excellente base bien que je regrette le prix un peu élevé de 12€ pour les 150 pages du livre. Peut-être à se procurer d’occasion, ou directement investir dans un ouvrage plus cher mais plus complet malgré tout l’intérêt que celui-ci peut avoir.

Avez-vous déjà lu des études/essais sur les vikings et la Scandinavie ? Aimez-vous ce genre d’ouvrage ou préférez-vous les romans ?

Traité de la mort sublime, l’art de mourir de Socrate à David Bowie – Daniel Salvatore Schiffer

41nHZ0YTqvL._SX362_BO1,204,203,200_Merci à Alma éditeur et Babelio pour l’envoi de ce livre.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je m’explique sur le choix de ce livre lors de la dernière Masse Critique de Babelio. Etant une grande fan de Bowie, j’étais particulièrement intriguée par cet essai (ce traité) à propos de la mort sublime et du dandysme comme art de vivre et, avant tout (après tout), comme art de mourir. C’est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis lancée dans cette lecture. Manque de bol, avec le virus que j’ai cattrapé entre temps, je n’ai pas pu prendre le temps de bien l’assimiler. Et pour cause, c’est un livre dense et extrêmement poussé en terme de philosophie.

Résumé : Bouleversé par Blackstar, le dernier CD de David Bowie, un philosophe rouvre le dossier du dandysme. Faire de sa vie et de sa mort une œuvre d’art. Tel est le secret d’une  » sublime attitude « 
« Est sublime ce en comparaison de quoi tout le reste est petit « . Ainsi parla Emmanuel Kant, nous rappelle Daniel Salvatore Schiffer. Comprenons : depuis Socrate on estimait que le Beau pouvait se définir clairement, de façon précise et bien réglée. Il existait un Beau idéal, harmonieux, proportionnel, codifié. Voici qu’Emmanuel Kant (qui n’était pas un fantaisiste) nous dit autre chose. Il parle du  » sublime « , de ce qui est placé  » très haut « . Le sublime, c’est une force qui va, sans mesure. Le sublime, ce n’est pas forcément beau ; le sublime, c’est grand.
Touché de plein fouet par l’album Blackstar (2016) de David Bowie, le philosophe Schiffer retrouve chez le rocker  » glamourous  » le traitement superbe et désinvolte de la mort qui hante sa propre réflexion. On parlait jadis d’une  » belle mort « , acceptée, cadrée, respectant les règles. De Socrate jusqu’à David Bowie, Schiffer invite le lecteur à méditer autrement sur l’art de mourir. À la manière des dandys.
Dandy suprême, Bowie fait de sa vie une œuvre d’art, et, de sa personne, une œuvre d’art vivante. Et sa mort fut une autre œuvre d’art. Sublime, forcément sublime, eût dit Marguerite Duras. L' » informe  » ou le  » difforme  » – le  » laid  » – peuvent acquérir en art, lorsqu’ils se voient  » sublimés  » par le génie de l’artiste, une valeur de transcendance.
Unissant l’art et l’esthétique, le Traité de la mort sublime se situe aux confins de la philosophie, de la littérature (roman et poésie) et de l’art (esthétique). Généreux, foisonnant, Daniel Salvatore Schiffer célèbre – de manière paradoxale et réjouissante – un dandysme métaphysique. Son manifeste, nourri d’exemples, est aussi une anthologie, riche en découvertes. Outre les maîtres de la philosophie et de la littérature – de Platon à Levinas, de Baudelaire à Cocteau – on appréciera sa joyeuse incursion dans le domaine de l’art, y compris moderne et contemporain, à travers, notamment, Andy Warhol, Luchino Visconti, Leonard Cohen, Serge Gainsbourg, Bashung, Barbara…

Daniel Salvatore Schiffer est professeur de philosophie de l’art à l’École Supérieure de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège. Autant vous le dire tout de suite, il s’agit ici d’un livre extrêmement poussé en philosophie. L’auteur s’appuie sur de nombreux courant de pensées et des citations, croise les avis de plusieurs philosophes avant d’analyser l’art dandy, le sublime et l’art de mourir jusqu’à David Bowie. Cet essai ne s’adresse donc pas à tout le monde. Si la philo ne vous a jamais intéressé, ce n’est clairement pas avec ce livre qu’il faut commencer.

Toutefois, bien que je ne sois pas une érudite de la philo, les notions, concepts et abstractions abordées ne m’étaient pas étrangères. J’ai abordé ce livre en tant que néophyte et amatrice. Parfois, l’analyse est un peu complexe et mériterait une relecture et un long moment de réflexion sur chacun des chapitres du livre (par exemple la notion de Transcendance qui est extrêmement particulière, ou celle d’eros et de thanatos associées dans le dandysme – amour et mort -). Je n’ai pas eu le temps mais je pense que c’est un traité que je ressortirai pour me l’approprier un peu plus à l’avenir.

Le fait est que Daniel Salvatore Schiffer est un fan de David Bowie. Cela se ressent dans son analyse qui, inévitablement, a un parti pris. Mais finalement, la philosophie a toujours un parti pris à mon sens. Chaque auteur livre sa propre perception d’une notion. A nous d’en tirer une substance, une réflexion qui va nourrir notre pensée. Pour le coup, l’auteur est convaincu que David Bowie a orchestré sa mort pour en faire une oeuvre d’art. Il me semble difficile de le contredire de mon côté tant j’ai cru, les premiers jours suivant la mort de Bowie, que ce dernier allait ressusciter tel Lazarus, son titre phare. J’avoue adhérer à son propos affirmant que le dandysme, dont Bowie était le parfait représentant, est plus qu’un art de vivre, c’est un art de mourir. De là à calculer sa mort, je ne suis pas certaine… Mais le fait est que le résultat est là. Coïncidence ou pas, la mort de dandys pris comme exemple (Lord Byron, Oscar Wilde, Barbey d’Aurevilly…) sont des morts que l’on retient de par leur misère, leur contraste avec leur vie, leur aspect spectaculaire.

Lire ou ne pas lire : Traité de la mort sublime de Daniel Salvatore Schiffer ?

Ce n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains, c’est une évidence, car il risquerait de vous en tomber à coup de citations nombreuses et de concepts complexes que l’auteur ne met pas à portée de tout le monde. Quitte à commencer la philosophe, lisez Le monde de Sophie de Jostein Gaarder (d’ailleurs, je compte le relire sous peu), il donne accès bien plus facilement aux bases de la philo et surtout d’une façon tout spécifique de réfléchir.
Toutefois, le propos de Daniel Salvatore Schiffer est intéressant. Il propose une analyse poussée, riche et bien documentée sur le concept de mort lié au dandysme. La mort comme un art. La mort sublime. Depuis les premiers dandys et philosophes jusqu’à David Bowie en passant par Kant, Huysmans et Jean Genet, sans oublier Oscar Wilde, bien évidement. Ce fut un plaisir de découvrir certains auteurs, de redécouvrir d’autres via cet essai. Un livre à relire (ou à siroter) pour se laisser le temps, pour laisser aller sa réflexion, la nourrir, la faire mûrir à propos du sujet le plus universel, un sujet qui nous lie tous en tant qu’être humain, dans notre essence même : la mort et sa finitude.