Génération B – Chang Kang Myoung : ou l’histoire d’une jeunesse désœuvrée

51rabOeufQL._SX338_BO1,204,203,200_Je remercie les éditions Decrescenzo pour la découverte de ce roman.

Quand les éditions Decrescenzo m’ont contactée pour lire Génération B, je n’ai pas vraiment hésité. J’avais déjà lu un roman de Chang Kang Myoung, Parce que je déteste la Corée que j’avais beaucoup apprécié. La plume de l’auteur est à la fois poétique et incisive, son discours édifiant. Avec Génération B, il traite encore une fois d’une jeunesse désœuvrée dans un monde ultranormé. Une jeunesse qui, pour peu qu’elle ne veuille pas, ne puisse pas rentrer dans le cadre, est laissée à l’abandon.

Résumé : Génération B raconte l’histoire d’un groupe de jeunes étudiants âgés d’une vingtaine d’années qui, considérant qu’ils n’ont pas leur place dans la société, élaborent le suicide parfait, mûrement réfléchi. Pour que la chute soit dure, ils agissent dans le temps, s’appliquent à franchir les étapes selon le seul modèle de réussite en Corée : intégrer l’une des meilleures universités puis un grand groupe comme Samsung. C’est lorsque le succès leur tend enfin les bras que la machine peut s’emballer : sur un site baptisé pourquoituvis.com, des vidéos de suicide sont publiées selon un agenda bien précis, faisant bientôt la une de la rubrique faits divers des grands journaux. Le site Internet gagne en audience et le phénomène se propage comme une traînée de poudre. Voilà la revanche de ces jeunes contre la société qui les a broyés.

Chang Kang Myoung a beau écrire la société coréenne, tout comme dans son autre roman, j’ai eu l’impression qu’il traitait également de la société occidentale. Peut-être que nous avons un chouilla plus de liberté, mais à peine. Car le propos est là, ancré, impossible à réfuter : dans nos sociétés modernes qui sont gérées avec autant de facteurs que de précisions, il est extrêmement difficile de se démarquer, de faire du neuf, de faire mieux, la société a besoin de la force de travail que la jeunesse représente. La société a besoin d’une main d’œuvre qui accepte et fait le travail qu’on lui demande, qui accepte la vie tracée qui lui est proposée. Dans ce monde rigide, la jeunesse suffoque. Jusqu’à faire des choses extrêmes (un peu trop).

Malgré le fait que ce roman soit court, j’ai mis du temps à le lire.
Malgré la plume agréable de l’auteur, j’ai mis du temps à le lire.
Rien à voir avec les personnages finalement attachants dans leurs défauts de jeunesse.
Tout comme Parce que je déteste la Corée, Génération B met mal à l’aise. Chang Kang Myoung a ce don pour écrire le désœuvrement dans son entièreté : on y ressent la tristesse, la lassitude, ce goût de vivre mais aussi, parfois, ce goût de tout abandonner, dépassé par le monde. Chang Kang Myoung sait parfaitement cerner ces instants entre espoir et résignation et c’est ce qui m’a sans doute le plus touchée en tant que lectrice.

Le résumé vous effraie ? Normal. Chang Kang Myoung est adepte, semble-t-il, des sujets qui dérangent, qui font réfléchir. Un mouvement de suicides organisé sur le long terme, plusieurs années ? Il faut avoir sacrément du courage… ou être complètement désespéré. Sauf que ces jeunes passent à l’acte une fois le succès atteint. Le plus difficile est de comprendre pourquoi. Et je n’ai pas réussi à un seul moment à saisir ce pourquoi. Personne ne le peut. L’idée du suicide est extrême. En faire un acte de révolte contre la société l’est tout autant.

Lire ou ne pas lire : Génération B de Chang Kang Myoung ?

Chang Kang Myoung fait partie de ces auteurs écrivent pour faire réfléchir et non pour divertir. Il dénonce. Ou en tout cas, il constate que la jeunesse coréenne est perdue et a du mal à se retrouver dans une société qui ne laisse pas vraiment le loisir d’exprimer son imagination, sa créativité. Lorsque le personnage principal choisit un emploi car il lui laissera le temps de pratiquer sa passion de la musique, il ne parvient même pas à dégager des moments pour lui. Cette dénonciation est poignante. Par ce phénomène de suicides collectifs sur la durée, l’auteur trouve un moyen de faire réagir le lecteur et le pousse à réfléchir. Encore une fois, Chang Kang Myoung propose un roman qui coupe le souffle, au plus près de sentiments puissants.

Avez-vous lu un des romans de Chang Kang Myoung ? La littérature coréenne vous intéresse-t-elle ?

Parce que je déteste la Corée – Kang Myoung Chang : déracinement et expatriation

IMG_20170926_104202_476Merci aux éditions Picquier et à Babelio pour la découverte de ce beau roman coréen.

J’ai reçu ce livre lors de la dernière Masse Critique de Babelio. Je n’avais sélectionné que 3 livres, aussi je ne m’attendais pas à en recevoir un cette fois, et pourtant si. L’avantage d’en choisir peu, c’est que j’ai vraiment opté pour des résumés qui m’intéressaient beaucoup, et qui dit vif intérêt dit moins de chance d’être déçue. Et c’est une bonne technique car j’ai apprécié découvrir la Corée différemment, pas de façon patriotique du tout. Mais avant de parler de la Corée du Sud, c’est avant tout un roman sur le sentiment de déracinement et la vie d’expatrié.

Résumé : Kyena, la narratrice, quitte la Corée où elle ne se sent pas à sa place. La jeune femme indépendante, qui ne supporte plus les carcans sociaux, décide de s’installer en Australie. Mais là-bas, tout ne se passe pas comme elle l’avait envisagé. (Babelio)

Un sentiment de déracinement

Ce sentiment est au cœur du récit. L’héroïne ne se sent pas à sa place en Corée dans une société à la mentalité particulière et totalement différente de ce que les occidentaux peuvent vivre. Bloquée par sa condition et ses aspirations, rien ne colle avec le fonctionnement de la société coréenne. Peu à peu, l’envie de s’expatrier se développe en elle. Elle veut voir si en Australie, elle a la possibilité de vivre sa vie comme elle l’entend.

Bien sûr, il va lui arriver des embrouilles. Vouloir faire sa vie dans un autre pays, un pays aussi différent de la Corée du Sud en prime, ce n’est pas de tout repos. La transition ne se fait pas sans situations particulières. Difficile pour l’héroïne de se libérer totalement de la mentalité de son pays d’origine. Malgré ses efforts, la Corée lui colle à la peau. Pourtant, après être revenue dans son pays, elle se rend compte que ce n’est vraiment pas ce qu’elle veut.

Ce livre m’a vraiment renvoyé à un sentiment qu’il m’arrive parfois de partager : celui de ne pas être à sa place dans le pays dans lequel on est né. Étrange, sans aucun doute. Et pourtant cela arrive parfois. Certains partent, essayent de trouver un endroit qui correspond à leur être intérieur, d’autres restent, emplis de l’espoir de parvenir à comprendre et s’adapter. Le fait est que c’est un phénomène plus courant que l’on semble croire et que c’est une situation complexe pour ces personnes qui ont l’impression d’un côté de trahir leur pays de naissance et de l’autre se trahir eux-même. Le sujet est extrêmement intéressant et j’ai beaucoup apprécié ce livre car ce doute y est bien retranscrit.

Lire ou ne pas lire : Parce que je déteste la Corée de Kang Myoung Chang ?

Je ne saurai trop vous conseiller ce roman court (164 pages) mais dont les mots sont justes. Si vous avez une petite envie de littérature asiatique, de littérature coréenne ou de commencer à vous y plonger, ce récit est idéal car il mêle une société connue par les occidentaux à la mentalité asiatique, notamment coréenne. C’est un bon moyen pour commencer à appréhender une partie du monde dont parfois les récits restent obscurs pour nous. Parce que je déteste la Corée est un vrai moment de plaisir. Tout en traitant d’un sujet important, l’auteur le fait avec légèreté et c’est agréable. Alors, tenté-e ?

Conclusion (2)

5 séries coréennes historiques à regarder #1

Coucou les booklovers,

Aujourd’hui c’est un article un peu spécial que je vous propose. J’avais fait un sondage il y a quelques temps sur l’intérêt que vous aviez sur l’univers des séries asiatiques et globalement, vous ne connaissiez pas (ou pas bien) mais étiez intrigués. Je dois dire que faire un article pour expliquer le drama asiatique, je n’en ai jamais trouvé la motivation (et je m’en excuse), d’autant que cela m’amènerait à devoir expliquer l’hallyu wave (vague coréenne) qui représente en fait le développement de la culture sud-coréenne hors corée notamment (et au final cette explication simple suffit amplement). Alors certes, ce n’est pas un phénomène de mondialisation comme on a pu connaître avec les produits US par exemple, mais c’est à peu près le même principe à moindre échelle.

Le fait est que j’ai récemment regardé pas mal de drama coréens que j’ai beaucoup aimé et que j’avais envie de partager avec vous dans l’espoir d’éveiller votre curiosité parce que de mon côté, je suis totalement fan. Mais plutôt que de vous proposer 1 article = 1 drama, ce qui n’est pas forcément intéressant quand on ne connait pas bien l’univers, j’ai décidé de vous en proposer plusieurs à la fois, vous n’aurez plus qu’à piocher celui qui vous inspire le plus si vous voulez tenter l’expérience !

Pour ce premier article, j’ai décidé de vous parler de dramas historiques, car parmi la multitude que j’ai pu regarder, mes préférés sont en général de ce genre là (on ne me refera pas !). Voici donc 5 dramas coréens historiques à voir…

Jumong

Jumong c’est un peu LE grand classique en terme de drama historique. Faut dire que c’est aussi un des plus longs, donc il faut s’accrocher, qui explique la Corée avant la Corée. C’est à dire, comment Les 3 royaumes (Goguryeo, Paekche et Silla) sont devenus la Corée. Cette période s’étend à peu près du Ie siècle av. J.-C. au VIIe siècle ap. J.-C. Et c’est extrêmement intéressant. On se retrouve donc dans une série totalement épique avec des batailles, de l’amour, des trahisons…bref tout ce qui peut secouer des royaumes pendant cette période de conquêtes.

Nombre d’épisodes : 81 (c’est une exception)

Hong Gil Dong

Il s’agit d’un de mes dramas chouchous, réellement. Cela fait très longtemps que je l’ai vu mais je me souviens ne pas m’être ennuyée une seconde durant tous les épisodes. Souvent, on a quelques temps morts mais ici, absolument pas. De plus, on passe un peu par toutes les émotions : on rit, on pleure, on couine. On vit complètement avec les personnages dont il est difficile de trouver un préféré entre les deux premiers rôles… Comme dans beaucoup de drama asiatique, on retrouve l’inévitable triangle amoureux (c’est des pros dans ce domaine). Moi qui n’aime pas trop en général, on peut dire que les coréens arrivent à me surprendre très souvent là-dessus. Bien évidement, on y retrouve des intrigues de cours avec un roi légitime qui n’est pas sur le trône mais qui revient au pays…

L‘histoire de Hong Gil Dong est un peu assimilée à la version asiatique de Robin de Bois (même si à mon sens, ce n’est pas vraiment justifié) à l’époque Joseon en Corée. Cela correspond à la période de la dynastie Joseon qui y a donné son nom, elle s’étant de 1392 à 1910. La capitale de cette dynastie est Hanyang (l’actuelle Séoul).

Nombre d’épisodes : 24

Iljimae

J’ai vu ce drama à la même époque que Hong Gil Dong et même si j’ai un peu moins aimé à ce moment, je me rends compte, avec le recul, que j’aime à y repenser souvent. L’histoire se déroule à la même époque que le précédent, c’est-à-dire sous l’ère Joseon. Un jeune garçon voit son père assassiné sous ses yeux, suite à cet événement, il perd la mémoire et est adopté par une autre famille. En grandissant, ses souvenirs vont revenir et il décide de se venger. Il apprend donc à se battre, la discrétion etc… S’entremêlent toujours des histoires de politique (il me semble au niveau local pour ce drama, je ne me souviens plus des détails) et des histoires d’amour impossibles. De quoi ravir le spectateur et nous tenir en haleine jusqu’à la fin du dernier épisode !

Nombre d’épisodes : 20

Hwang Jin Yi

Changeons un peu des héros masculins car dans celui-ci, l’héroïne est bien une femme. Celle-ci est née d’un noble et d’une gisaeng (équivalent des geishas japonaises). Hwang Jin Yi va devenir célèbre (elle a vraiment existé) à cause de sa volonté de perfection de l’art de la danse. On découvre alors comment se déroule la formation des gisaeng puis leur consécration. Hwang Jin Yi se retrouve tiraillée entre 4 hommes et doit faire face à la jalousie des autres gisaeng.

L’histoire se déroule toujours à l’époque Joseon au XVIe siècle. J’ai un très bon souvenir de ce drama qui nous plonge dans un côté extrêmement culturel et artistique de la Corée. Je me souviens de scènes de danse magnifique au son d’une musique traditionnelle envoûtante. Que de bons souvenirs donc…

Nombre d’épisodes : 24

Hwarang

Pour terminer, je voulais vous parler du drama que je regarde en ce moment même et dont j’avais très envie de vous parler. Un drama fait pour fangirliser mais dont l’histoire tient quand même la route (excepté pour la création du groupe des Hwarang, pour l’instant c’est encore obscur après une douzaine d’épisodes visionnés, mais franchement…OSEF.) Dans ce drama, on retrouve la période des 3 royaumes, à mon plus grand bonheur car je suis totalement fanatique des costumes traditionnels de cette époque.

Le principe de Hwarang ? Réunir les jeunes hommes des nobles du royaume pour éviter qu’ils ne s’étripent mais surtout pour essayer de prévenir les dissensions entre les partisans de la Reine (et de sa régence) et les partisans du premier ministre (l’équivalent). Bien sûr, ce n’est pas aussi simple, le roi (jeune homme) fait surface et décide d’intégrer les Hwarang (personne ne connaît son visage). Non content de l’opposition entre la Reinge régente et le roi non couronné, il y a également ce paysan qui se retrouve propulsé chez les Hwarang en tant que fils du père de son meilleur ami mort pour avoir vu le roi (vous suivez ?). Ajoutons à cela la soeur de son meilleur ami (auprès de qui il se fait aussi passer pour son frère donc) qui commence à avoir des sentiments pour lui et lui pour elle…

Bon comme vous le voyez, l’histoire est très riche et promet de très nombreux rebondissements que j’ai hâte de découvrir ! Je vous rassure, tous les éléments ne vous sont pas jetés à la tête comme ça, dans les deux premiers épisodes, on prend le temps de tout amener tranquillement et on se retrouve rapidement complètement scotché à l’écran enchaînant les épisodes. Je fangirlise totalement sur le roi caché, je dois le dire même si j’adore également le paysan-hwarang… Vous l’avez compris, je suis déjà addicte.

Nombre d’épisodes : 20

> Après quelques recherches voici quelques liens que j’utilise moi-même où vous pouvez retrouver ces dramas : Viki (sous-titres français disponibles), Dramapassion (sous-titres français), et drama.net (sous-titres anglais)

J’espère vous avoir convaincu que l’on peut passer un très bon moment avec des séries coréennes ! Curieux sur un en particulier ?

Le regard de Midi – Lee Seung-U

img_20170203_105826_621Aujourd’hui, on parle littérature coréenne sur Pause Earl Grey. Appréciant la littérature japonaise, je voulais diversifier mes horizons asiatiques et découvrir des écrivains coréens sans trop savoir par quel bout commencer. Babelio et De Crescenzo éditions m’ont facilité la tâche puisque j’ai reçu le livre de Lee Seung-U pour la dernière masse critique de Babelio et je les en remercie grandement. Me voilà donc à la découverte de la littérature coréenne…

Résumé : Je suis arrivé dans cette ville de trente mille habitants à proximité de la ligne de démarcation entre le Sud et le Nord en plein milieu de la nuit. C’était la dernière rotation de l’autocar. Il avait dû déjà faire plusieurs navettes dans la journée tant il avait l’air d’un chameau fatigué, le chauffeur figurant sa bosse. Dans la cabine surchauffée, rôdait un mélange fétide d’odeurs diverses et variées. Nous étions six passagers dont quatre militaires de grades différents. Ces derniers, à voir leur triste mine, devaient regagner leur caserne en fin de permission. Aussitôt monté à bord, le caporal avait incliné le dossier de son siège et fermé les yeux tandis qu’un deuxième classe tirait du pain d’un sachet de cellophane qui bruissait sous ses doigts. Les deux autres fixaient l’obscurité à travers la vitre. Que pouvaient-ils bien apercevoir dans le noir ? Que voyaientils ? Parvenaient-ils seulement à identifier quelque chose ? Je ne doute pas qu’il y ait des choses intéressantes à voir dans l’obscurité. Le monde des ténèbres recèle des trésors cachés. Et s’il est obscur, c’est justement pour mieux les préserver. Mais leurs yeux semblaient ne fixer rien de précis. L’expression morose et butée que je lisais sur leur visage éveillait en moi une certaine inquiétude puisque je venais de m’embarquer pour la même destination. (Babelio)

Littérature asiatique : point commun et différence

Incontestablement, dès les premières pages du Regard de Midi, je savais que j’étais bien en train de lire de la littérature asiatique. Pourquoi ? Peut-être le style de narration souvent centré sur le personnage et son moi profond et moins profond, ses façons d’être mais aussi ses démons. Oui c’est bien ça, le personnage principal asiatique a très souvent tendance à se battre contre ses propres démons (surtout dans la littérature japonaise que je connais un peu mieux que les autres). Il semblerait bien que cette quête du « vivre avec soi-même », du « comment faire », est très présente dans les préoccupations asiatiques. Bon, c’est tout de même un sujet assez universel, je le reconnais, mais c’est vrai que par rapport à mes lectures, c’est la constatation que je fais.

La différence majeure, et particulièrement importante, réside dans les références employées par l’auteur Lee Seung-U. Je peux pas généraliser puisque c’est mon seul livre d’auteur coréen, pourtant c’est quelque chose qui m’a frappé comparé à mes lectures japonaises : des références internationales et notamment européennes. Il est extrêmement rare de trouver ce genre de références dans les livres d’auteurs japonais (ou alors je ne suis tombée que sur des cas particuliers mais pour avoir aussi vu beaucoup de cinéma japonais, je ne pense pas trop me tromper) – attention, je fais des généralités, je ne dis pas qu’il n’y a pas d’exceptions! D’ailleurs si vous en avez, je suis preneuse – J’ai eu le sentiment que la compréhension du texte était beaucoup plus accessible à un européen, même dans les non-dits, l’analyse psychologique du personnage principal...Tout ça était possible alors que ça me paraît souvent obscur dans la littérature japonaise.

Le regard de Midi

Parlons du livre à proprement parler. Je dois bien avouer que je ne m’attendais absolument pas à ce contenu lorsque j’avais lu le résumé… C’est au final, comme tout enfant déraciné d’une quelconque façon, le besoin de trouver ses racines par une quête, un besoin, qui ici surgit soudainement pour le personnage principal. Je me suis donc retrouvée à découvrir peu à peu son histoire, cette naissance de ce besoin, puis sa quête presque désespérée et surtout inconsciente du père qu’il n’a jamais connu.

La plume de Lee Seung-U est très intéressante, l’auteur propose de belles images et j’ai beaucoup aimé la manière d’amener son récit. Le lecteur découvre les interrogations du héros et ses questionnements sans en savoir plus que lui et c’est ce qui permet d’avancer et de ressentir le besoin, tout comme lui, de connaître ses racines. Qui est ce père ? Peut-il être à la hauteur d’une mère qui a rempli son job haut la main ? Est-il simplement une bonne personne ou une mauvaise ? Toutes ces questions qui, je suppose, peuvent venir en tête à l’enfant qui n’a pas connu l’un de ses parents. Pour ça, je l’ai trouvé réaliste et cela permet de comprendre à quel point la nature humaine peut être ambiguë et contradictoire. Cette intimité avec le héro est frappante.

Lire ou ne pas lire : Le regard de Midi de Lee Seung-U ?

Quitte à vouloir commencer à lire de la littérature asiatique, autant commencer avec ce livre. Le « choc » des cultures et surtout la compréhension des sous-entendus est moins grande qu’avec, par exemple, La course au mouton sauvage de Murakami (il me semble bien ma première lecture asiatique et donc japonaise, autant j’ai adoré, autant je ne suis pas sûre qu’il soit le meilleur livre pour découvrir l’asie). Le Regard de Midi est un court roman (130 pages environ) dont le héro part à la recherche de son père afin de combler un vide qu’il ressent depuis toujours. Le récit est bien mené, depuis la découverte de ce vide jusqu’à celle de son père et la plume de Lee Seung-U se laisse très facilement apprivoiser.

Une belle histoire de quête d’identité et de racine qui peut avoir une belle résonance dans notre monde où tout le monde a un petit quelque chose de déraciné.

Ma note : 17/20

Woochi – Choi Dong Hun : un magicien en Corée

Pour le film de la semaine, on part en Corée. L’autre soir, je ne savais vraiment pas quoi regarder même si j’avais envie de voir un film, je voulais surtout quelque chose pas prise de tête. Et voilà que je tombe sur Woochi de Choi Dong Hun, classé dans les comédies… Déjà un film coréen avec un magicien, ça m’intrigue, si en plus c’est une comédie, je veux voir ce que ça donne. Résultat….

Synopsis : Wooshi, un Taoïste indiscipliné et coureur de jupons des temps anciens, atterrit au 21ème siècle et sème la pagaille avec ses pouvoirs magiques. (Allociné)

Remarquez comme Allociné s’est cassé la tête pour rédiger le synopsis du film ! Je veux bien que l’histoire soit simple, cela dit, ça ne me dit pas grand chose sur ce que je vais y trouver dedans à part un Taoïste zêlé doté de dons étranges qui voyage dans le temps. Pour le coup, on peut difficilement synthétiser encore plus l’histoire. Si je vous dis que ce Taoïste est en fait un magicien tiré d’une légende coréenne (Jeon Woo Chi) qui, oui est une tête brûlée, mais se retrouve mêlé à la destinée de trois divinités taoïstes chargées de veiller sur une flûte contrôlant des gobelins. Après avoir combattu le magicien Hwadam voulant s’emparer de la flûte, il se retrouve appelé par les divinités au XXIe siècle pour terminer son combat contre son adversaire. ça claque déjà un peu plus non ? Au moins, ça rend un peu plus curieux.

La légende de Jeon Woo Chi

J’ai voulu faire des petites recherches sur la légende coréenne originale de Jeon Woo Chi mais force m’est de constater qu’on ne trouve pas grand chose. Sur les pages françaises, introuvable. A croire que les légendes coréennes n’intéressent pas les français-speakers. Pourtant, certaines sont vraiment sympathique comme celle du Gumiho (le renard à 9 queues).

Du coup, j’ai cherché en anglais et… pas grand chose non plus n’en est ressorti mise à part une page wikipedia. Je suppose qu’en cherchant en hangeul (l’alphabet coréen), je trouverais beaucoup plus d’informations, mais je ne lis pas le coréen, pas plus que je ne le parle, alors je vais devoir me contenter de la maigre page wiki comme moyen d’instruction.

Selon wiki, donc, (à prendre avec des pincettes) Jeon Woo Chi est un des magiciens coréens les plus célèbres. Il est connu pour être un trickster (impossible de trouver un mot français adéquate, google trad me propose « filou », ça m’a fait rire) dans la litérature coréenne. Selon un écrit de Yi Deak Moo, Woo Chi se serait rendu au temple d’une montagne durant son plus jeune âge pour étudier dans un environnement silencieux. Lorsque le vin du temple disparaît, les moines accusent Woo Chi, alors qu’en fait il s’agit d’un Gumiho. Woo Chi l’attrape. Pour se libérer le Gumiho offre à Woo Chi son grimoire qui, en le lisant, devient le puissant sorcier de la légende.

Comme toute légende, il semble y avoir d’autres versions que mentionne cette page wiki. Cela dit, la page reste assez vide comme vous avez pu le constater avec le lien plus haut. Je crois que je vais devoir me mettre au coréen si je veux en savoir plus !

Le film : Woochi, magicien des temps modernes

Déjà le titre français a de quoi me donner des boutons. Sachant que le titre original mentionne plutôt son appartenance à la religion taoïste, tout comme le titre anglais The Taoist Wizzard. Je vois pas vraiment le rapport entre le taoisme et les temps modernes. Mais bref, c’est une spécificité française que de sortir régulièrement des traductions de titres étranges.

Le film est construit en deux parties : le combat à l’époque où Woochi est l’élève d’un maître magicien dans une Corée du XVe siècle environ, puis son arrivée dans le monde moderne et la fin du combat. Evidemment, le comique du film repose surtout dans cette deuxième partie où Woochi se retrouve dans un monde qu’il ne connaît plus. Classique certes, mais pas mal fait non plus. Pour ma part, je dois avouer que ce qui m’a fait le plus rire c’est le Sganarelle de l’histoire : le valet-cheval-chien de Woochi. C’est à la base un chien à qui Woochi a donné apparence humaine et qu’il transforme parfois en cheval, au besoin. Il lui fait miroiter de le transformer en humain pour de bon un de ces jours mais le magicien ne le fait jamais.

Bien évidement, vous vous en doutez, il y a une histoire d’amour qui traîne au milieu mais loin d’être le centre d’attention c’est surtout le rôle de la femme en question qui est bien plus important, car oui, elle  joue un rôle particulier que je vous laisserai découvrir.

En soi, ce n’est pas le film du siècle. L’histoire n’a pas rien d’original, les techniques de narration sont connues. Mais, ça reste un bon divertissement et moi qui ne voulait pas me prendre la tête, j’ai été satisfaite de mon choix. J’ai souri quelques fois en dépit de mon humour difficile et j’ai apprécié l’aspect légende donné à l’histoire. Les gobelins ont beau être des lapins volants en armure, ça ne m’a pas choqué pour un film asiatique. Ils ont des références différentes et je trouve ça même plutôt rafraîchissant d’avoir un autre point de vue.

Si vous êtes curieux, Woochi est sur Netflix. Par contre, il vaut sûrement mieux le regarder en VOSTF. Je n’ai pas testé la VF car je ne regarde pas les films/séries asiatiques en vf (trop bizarre), et ça doit l’être encore plus avec Woochi, c’est sûr!

Ma note : 15/20

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