Passenger – Alexandra Bracken : retour vers le passé du futur

41+ymsqfnjl._sx342_bo1,204,203,200_Quoi de mieux qu’une petite chronique de roman pour bien commencer la semaine ? Il y a quelques jours Isa et moi avons fini notre lecture de Passenger, un roman young adult fantastique d’Alexandra Bracken et nous sommes définitivement maudites avec nos lectures communes. Non pas que Passenger soit mauvais, il y a de bonnes choses, mais les défauts sont trop gros pour nous avoir donné envie de lire la suite. Je vous explique mieux pourquoi après le résumé.

Résumé : Etta et Nicholas n’auraient jamais dû se rencontrer : elle, une jeune new-yorkaise de 2016, lui, un fils d’esclave vivant au XVIIIe siècle. Pourtant, les voilà projetés ensemble dans les couloirs du temps à la recherche d’un mystérieux astrolabe. Une quête périlleuse. Une idylle impossible.

Une broutille peut-être mais déjà le prénom « Etta » m’a perturbé durant toute ma lecture. Allez savoir pourquoi, mon cerveau butait sur le double T comme un râteau cognant régulièrement sur son nez et déjà, ça ôte de la fluidité au texte pour moi. Je suis d’accord, c’est quantité négligeable mais il y avait peut-être mieux comme diminutif d’Henrietta (ou pas…?)

Passons aux personnages et à l’intrigue. Etta et les personnages qui gravitent autour d’elle sont plutôt bien construit. J’aime quand même les personnages secondaires ont un background étoffé que cela serve ou pas l’intrigue, ça leur donne plus de corps. Pour le coup, l’histoire des personnages secondaires est totalement et à chaque fois imbriquée dans l’intrigue et c’est plutôt chouette. Cela a beau complexifier l’histoire, j’ai bien aimé découvrir les entrelacements de destins comme les couloirs du temps que les voyageurs traversent. Nicholas a une véritable vibrance dans le simple fait qu’il soit noir et parcourant le monde à des époques où cette couleur de peau n’était pas un avantage. L’autrice s’appuie beaucoup là-dessus et j’ai trouvé ça intéressant, dans le simple fait que les premiers rôles masculins sont rarement attribués à des noirs (j’ai d’ailleurs été agréablement surprise par Disney dans Casse-Noisette !).

Malheureusement si ces points positifs sont importants et me promettaient un agréable moment dès les premières pages, j’ai rapidement déchanté lorsque l’histoire d’amour se met en place. Dans une intrigue déjà pas mal complexe à cause du principal sujet : les voyages dans le temps, l’autrice a voulu ajouter les sentiments passionnés (à défaut de passionnants) des deux adolescents. L’histoire d’amour tombe comme un cheveux sur la soupe, une mouche dans le potage, flottant tristement après avoir bu la tasse… Les scènes semblent collées au papier maché, dénuées des sentiments qu’elles tentent de faire passer. En gros, ça gâche tout. Trois scènes qui auraient mieux fait d’être supprimées pour laisser la place à l’intrigue et au simple développement de leur relation.

Pour couronner le tout, j’ai également dû faire un effort pour comprendre le principe temporel mis en place par l’autrice. Modifier le passé n’a pas réellement d’incidence sur les voyageurs qui se retrouvent tout simplement bloqués sans pouvoir revenir dans le présent qu’ils connaissaient. Bon… J’ai vraiment lutter pour me dire : Ok, j’admets ce postulat. Parce que pour ma part, je suis plutôt #TeamDocBrown, à savoir que quand (ceci est un exemple de situation pas un spoiler) tu zigouilles un parent d’un voyageur avant sa naissance, le voyageur disparaît inévitablement. Plutôt logique, non ?

Lire ou ne pas lire : Passenger d’Alexandra Bracken ?

Je ne vais pas tourner autour du pot pour vous dire que ce livre ne m’a pas convaincue. Il avait un énorme potentiel mais beaucoup de choses sont venues freiner ma lecture : les principes de voyages dans le temps, le prénom de l’héroïne, l’histoire d’amour. Malheureusement, les points positifs de l’intrigue, des personnages secondaires et de Nicholas ne parviennent pas à relever mon intérêt pour cette série. C’est donc sans regret que je ne la continuerai pas.

Par contre, je suis curieuse, si vous l’avez lu et aimé, de connaître vos impressions et ce qui a fait que vous avais aimé cette lecture. Pour les autres, je n’ai pas dû vous donner envie avec cette chronique mais qui sait, peut-être que celle d’Isa le fera : Le petit monde d’Isa.

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Lectures prévues | Janvier 2019

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Hello les Earl Grey’s !

On se retrouve pour le premier post de 2019 et même si je vais vous présenter ma pile-à-lire pour le mois de janvier, j’en profite également pour vous présenter mes vœux. Une année de plus débute pour Pause Earl Grey dont l’organisation est bien différente qu’elle l’a été par le passé. Moins d’articles, plus de spontanéité et cette recette me convient bien pour le moment. Avec l’écriture, j’ai beaucoup moins de temps à consacrer au blog sans que je veuille l’abandonner complètement. Ma priorité est certes différente (et le sera encore en 2019 avec plusieurs projets pour l’année dont je vous reparlerai sans aucun doute) mais Pause Earl Grey reste mon bébé, le salon de thé où j’aime vous retrouver pour partager de belles choses. Alors merci de me suivre encore dans cette version, merci d’avoir terminé l’année 2018 avec moi et je vous propose de nous retrouver encore en 2019 ponctuellement mais toujours dans la joie et les petits bonheurs qui rendent nos vies si passionnantes. Je vous souhaite de savourer chaque rire, chaque personne, chaque conversation et regard, chaque tasse de thé, chaque gorgée de café, chaque bouchée de la vie. Je vous souhaite des projets et des rêves à imaginer et réaliser, des réussites (peut-être des échecs mais qui vous feront grandir). Vivez chaque instant, même le plus insignifiant, avec passion.

Et bien évidement, je ne saurais terminer ces vœux sans vous souhaiter de belles découvertes littéraires et des lectures reposantes, rafraîchissantes, envoûtantes, intrigantes, enrichissantes, rigolotes, tristes, frissonnantes…

On commence par ici avec plusieurs livres jeunesse qui sont dans ma PAL depuis déjà de longs mois pour certains. J’ai besoin de commencer l’année en douceur !

Passenger – Alexandra Bracken

41+ymsqfnjl._sx342_bo1,204,203,200_Ce livre stagne dans ma PAL depuis sa sortie. Pourquoi ? Bonne question… J’aime beaucoup le thème des voyages dans le temps dans la littérature alors je suis bien curieuse de ce récit. C’est vrai que depuis que je l’ai, je ne l’ai pas non plus beaucoup vu passer sur les réseaux sociaux ce qui ne m’a pas vraiment poussé à le sortir rapidement (ma PAL est toujours effrayante même si j’ai l’impression de parvenir à la maîtriser depuis septembre dernier…) Passenger est donc ma première lecture de 2019 et en plus accompagnée d’Isa, quoi de mieux pour bien débuter l’année ?!

Résumé : Etta et Nicholas n’auraient jamais dû se rencontrer : elle, une jeune new-yorkaise de 2016, lui, un fils d’esclave vivant au XVIIIe siècle. Pourtant, les voilà projetés ensemble dans les couloirs du temps à la recherche d’un mystérieux astrolabe. Une quête périlleuse. Une idylle impossible. 

Six of Crows #1 – Leigh Bardugo

51c599g+v+l._sx349_bo1,204,203,200_Pour le coup, Six of crows est une lecture totalement due aux réseaux sociaux, et j’ai vraiment envie de découvrir cette duologie avant de me lancer dans Grisha de la même autrice et dont les résumés me vendent du rêve. Alors c’est décidé, Popcorn & Gibberish et moi, on se lance dès la semaine prochaine dans cette découverte !

Résumé : Les bas-fonds de Ketterdam s’organise en gangs rivaux. L’homme le plus ambitieux et le plus jeune de la pègre est Kaz Brekker. Aussi brillant que mystérieux, aussi charismatique que dangereux, et surtout, connu pour être un voleur hors pair. Prêt à tout pour de l’argent, il accepte la mission du riche marchand Van Eck : délivrer un savant du palais de Glace, réputé imprenable. Ce prisonnier est l’inventeur du jurda parem, une drogue multipliant sans limite les pouvoirs surnaturels de la caste des magiciens : les Grishas. Une drogue, qui, tombée dans les mauvaises mains, risque d’engendrer un chaos irréversible. 

Titania 3.0 – Pauline Pucciano

51af0rzemkl._sx339_bo1,204,203,200_Ce roman traîne aussi dans ma PAL depuis quelques temps, c’est le moment où jamais de l’en sortir puisqu’en plus d’être jeunesse et de correspondre à mes envies de lecture pour ce mois-ci, il remplit à merveille l’un des items du challenge littéraire que je fais (le prénom et nom de l’auteur ont les même initiales).

Résumé : Paris, XXIIe siècle. La société devenue ultralibérale n obéit plus qu aux lois impitoyables de l argent, des réseaux sociaux et du paraître. De grandes multinationales amassent des millions, dont Morgane Corp., qui fait fortune en prélevant et en revendant des organes…
Titania est devenue une icône des réseaux sociaux au physique presque irréel, tant elle ne cesse de modifier son apparence. Adulée, suivie par des millions de followers, rien ne la prédestine à rencontrer Jan, simple jeune homme de dix-neuf ans, poète à ses heures perdues. Et pourtant ! Lorsqu ils se rencontrent, c est le coup de foudre.
Ce que ne sait pas encore Jan, c est que cette créature énigmatique, à cent lieues de son univers, a signé un pacte avec la mort… Peu à peu, il mesure toute sa fragilité. Mais leur histoire d amour naissante se complique lorsqu un officier de police ordonne à Jan d enquêter sur elle. Qui est Titania ? D où provient sa richesse ? Que cache son immense solitude ? En cherchant à comprendre, Jan découvre à quel point il est urgent de la sauver.

Le sel de la vie – Françoise Héritier

4176+1acwzl._sx315_bo1,204,203,200_Petit roman que j’ai reçu à Noël. Du haut de ses 96 pages, il ne paye pas de mine mais le résumé me correspond tellement que je ne peux m’empêcher de le lire immédiatement. Ce petit quelque chose, ce piment, ce sel qui rend chaque vie unique et passionnante. J’ai bien peur de me régaler avec cette découverte !

Résumé : « Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. » F. H.
Dans cette méditation tout en intimité et en sensualité, l’anthropologue Françoise Héritier traque ces choses agréables auxquelles notre être profond aspire, ces images et ces émotions, ces moments empreints de souvenirs qui font le goût de notre existence, qui la rendent plus riche, plus intéressante que ce que nous croyons souvent et dont rien, jamais, ne pourra être enlevé à chacun.

Girlboss – Sophia Amoruso

51lkzboi7vl._sx324_bo1,204,203,200_Je dois dire que ce livre est un choix purement pratique pour remplir un des items du challenge littéraire (lire un livre en VO). J’avais vu la série sur Netflix qui m’avait beaucoup plu avant d’acheter le livre. Mais maintenant, il ne m’emballe plus autant. Son atout : être court avec un texte aéré. Il n’est pas ma priorité de lecture du mois mais j’ai bon espoir d’en venir à bout ! Je suis quand même ouverte et me laisserai surprendre avec plaisir.

Résumé (VO du coup) : In this New York Times bestselling sensation, founder and Executive Chairman of Nasty Gal Sophia Amoruso shares her story and inspires women everywhere to join the #GIRLBOSS movement.’#GIRLBOSS is more than a book . . . #GIRLBOSS is a movement’ Lena Dunham’A millennial alternative to Lean In’ New York Magazine’A compellingly motivational read’ The Telegraph’The book you need in your life’ Marie Claire In the space of ten years, Sophia Amoruso has gone from high-school dropout to founder and Executive Chairman of Nasty Gal, one of the fastest-growing retailers in the world. Sophia’s never been a typical executive, or a typical anything, and she’s written #GIRLBOSS for other girls like her: outsiders (and insiders) seeking a unique path to success.Filled with brazen wake-up calls, cunning and frank observations, and behind-the-scenes stories from Nasty Gal’s meteoric rise, #GIRLBOSS covers a lot of ground. It proves that success doesn’t come from where you went to college or how popular you were in school. Success is about trusting your instincts and following your gut, knowing which rules to follow and which to break.Inspiring, motivating and empowering, #GIRLBOSS will give you the kick up the ass you need to reach your potential.

Imbolc – Carl F. Neal

51wrbqx3xal._sx352_bo1,204,203,200_Bien plus en adéquation avec mes recherches actuelles et après avoir lu Samhain et Yule, je poursuis ma découverte des fêtes païennes de l’année avec Imbolc. J’aime beaucoup cette collection des éditions Alliance Magique (je pense vous en parler lorsque j’aurais terminé les 8 livres qui la composent). Chaque livre retrace l’histoire de la fête et j’adore ça !

Résumé : Imbolc ― aussi connu comme fête de la Chandeleur ― est l’heure du réveil, après des mois d’introspection et de repli sur soi et nos proches. Nous célébrons le réveil des racines de la terre, avant son éveil complet au moment du printemps. Les premiers signes sont là, c’est le temps de la lustration, de la purification et du renouveau au travers de l’eau. Ce guide essentiel, de la collection païenne vous permettra de découvrir les traditions, les mythes, les prières, les recettes, les décorations à faire et rituels d’Imbolc pour fêter le réveil de la Nature.

Voilà pour mon mois de janvier. Un peu ambitieux mais je garde espoir de tout lire ! Ma PAL papier me remercie de privilégier le papier depuis plusieurs mois. Le régime est compliqué mais les résultats sont tout de même visibles ! On continue sur cette lancée pour 2019 !

De votre côté, que prévoyez vous de lire ? Quelles sont vos envies ? Avez-vous déjà lu certains de ceux qui vont m’accompagner durant le mois ? Je suis curieuse d’avoir votre avis si c’est le cas !

Les Ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora : entre rêve et réalité

41afk8od9hLEn cette veille de Noël, je prends quelques minutes pour partager avec vous mon avis de lecture sur Les Ombres d’Esver. Je remercie les éditions NAOS et ActuSF pour cette découverte qui m’a vraiment emballée. L’autrice nous offre un roman gothique frissonnant et réussi avec les aventures en terre d’Esver. Je vous laisse d’abord le résumé, une des premières choses à avoir attiser ma curiosité après la superbe couverture.

Résumé : Amaryllis, 16 ans, n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir où elle vit seule avec sa mère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier, malgré des nuits hantées par de drôles de rêves… Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage de force d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Derrière les portes fermées d’Esver, la jeune fille trouvera-t-elle de quoi échapper à son destin ?

Les Ombres d’Esver font partie intégrante de ces romans où je n’ai pas grand chose à dire dessus. Non pas qu’il soit mauvais (ceux-là, on peut en parler longtemps) mais il est bon. Très bon. Tout me plaît. Et j’ai toujours peur d’avoir l’air un peu trop enthousiaste quand j’aime tout dans un livre. Mais qu’est-ce que je peux bien y faire ? Je suis le cœur de cible de ce roman et je ne saurai dire mieux. Mais je vais quand même essayer…

Le Gothique. J’aime beaucoup les romans gothiques. Historique avec un brin (ou un peu plus) de frissons à ressentir durant la lecture. Même si je n’en ai pas encore lu beaucoup, c’est clairement un genre que je vais avoir plaisir à découvrir tout au long de ma vie. Ici, on est en plein dedans. Le roman se déroule en France à une date indéterminée, mais on ressent toute l’ambiance XIXe que l’on retrouve dans des films tels que Crimson Peak, Sleepy Hollow, From Hell et compagnie. L’autrice nous plonge dans cet univers historique dans une vaste maison au milieu d’un domaine étrange qui devient un des personnages principaux du récit. Au fil des pages, l’angoisse et le suspense qui président les rêves d’Amaryllis se dévoilent et m’ont fait frissonner à plusieurs reprises. Pari réussi pour l’ambiance !

Les personnages. Dans ce roman, on a très peu de personnages finalement. La mère, la fille, la maison. Autour d’elles gravitent des ombres plus ou moins importantes mais qui, finalement, ne restent que des seconds à l’histoire. Amaryllis et sa mère sont particulièrement réussies avec de véritables émotions, des convictions, un passé sombre et intrigant. Même si j’avais deviné l’un des twist dès les premiers chapitres, je n’ai pas boudé mon plaisir de découvrir le développement de leur histoire. La plume de l’autrice est juste, fluide et le roman a un petit côté page turner qui m’a bien plu laissant le lecteur douter régulièrement à propos de la santé mentale des personnages. Rêve ? Réalité ? Folie ?

Lire ou ne pas lire : Les Ombres d’Esver de Katia Lanero Zamora ?

Forcément, je conseille Les Ombres d’Esver tout particulièrement si vous partagez les même goûts que moi en terme de littérature et sujets de prédilection : historique, XIXe, gothique, imaginaire. Si vous aimez les films comme Sleepy Hollow ou Crimson Peak, si vous aimez globalement l’univers de Tim Burton à sa plus belle période, si vous aimez naviguer entre les rêves, les cauchemars et la réalité, si vous aimez flirter avec la folie… Ce livre est indéniablement fait pour vous et même si ce n’est pas forcément un coup de cœur, ce sera pour vous une lecture assurément plaisante. Pour ma part, j’ai adoré me plonger dans l’univers d’Esver et ses ombres, malgré quelques scènes un peu longues, j’ai passé des heures agréables avec Amaryllis.

Vous l’avez déjà lu ? Repéré ? Vous en aviez entendu parlé ou pas du tout ? Dites-moi tout !

Et en attendant de nous retrouver, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année et Joyeux Noël !

Le Bois-Sans-Songe – Laëtitia Arnould : au coeur d’une sombre malédiction

41rW7z3G0hL._SX346_BO1,204,203,200_Cette année, j’ai la chance d’avoir été choisie comme Agent du Miroir. Vous aurez donc droit à mes chroniques sur les parutions de l’année de Magic Mirror Edition et on commence avec Le Bois-Sans-Songe de Laëtitia Arnould, sélectionné pour le PLIB 2019. Merci à Audry et Laëtitia pour cette lecture.

Résumé : Il est des larmes qui ne sèchent pas. Il est des blessures qui restent ouvertes. Il est des êtres qui les surmontent quand d’autres finissent par sombrer. Il est ceux qui les gardent en eux. À jamais. Comment survivre quand on est la seule personne éveillée parmi des êtres en proie à des cauchemars éternels ?
Princesse héritière de Modighjem, Liv se retrouve isolée, prisonnière de son pays désormais morne, séparée du reste du monde par un bois infranchissable, né le soir de la malédiction. Jusqu’au jour où son destin erratique croise celui de ce personnage entouré de ténèbres, avec son parapluie pagode et ses airs de prince maudit…
Pourquoi continuer à vivre quand les personnes qui nous étaient chères ont été massacrées, quand une principauté entière a sombré face à la rage des hommes et que l’on est seul, le dernier représentant de son peuple ?
Lennart Leifsen a choisi la vengeance comme raison d’exister. Retranché dans son lugubre manoir, penché sur son rouet, il tisse chaque soir, à partir de ses larmes, le sort qui maintient les Modigs sous le joug de ses tourments. Jusqu’à ce que survienne cette jeune fille dépenaillée, aussi agaçante qu’inconsciente, et que les larmes providentielles se refusent à lui…

Connaissant déjà la plume de Laëtitia Arnould, je savais déjà que j’apprécierai son nouveau roman. J’ai pu y retrouver son style poétique et qui s’attache aux détails les plus infimes pour une immersion totale dans l’ambiance sombre et étrange du Bois-Sans-Songe. Un style qui colle parfaitement au genre de prédilection de l’autrice : les contes de fées. Cette fois, elle nous propose une revisite imaginative de la Belle au bois dormant. C’est tout le peuple de la Princesse qui se retrouve victime d’un sort de sommeil tandis qu’elle croise le chemin d’un mystérieux jeune homme orgueilleux, profondément triste et en colère.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Laëtitia Arnould parvient à faire agir les deux protagonistes l’un sur l’autre au fil de l’histoire. La Princesse, longtemps passive face à sa situation, a un caractère fort voire borné au début. Peu à peu, elle parvient à nuancer ses opinions, un peu comme Emma de Jane Austen. De son côté, Lennart est un jeune meurtri par son passé qui n’arrive pas à voir autre chose que son malheur. Liv lui permet également d’ouvrir les yeux sur le positif qui l’entoure.

Les choix de réécriture sont très judicieux : on retrouve le sort de sommeil, le bois inquiétant, le Prince, les marraines et même le rouet qui joue un rôle totalement différent de l’histoire d’origine. Les éléments importants sont là, ceux que j’aurais probablement notés si on m’avait demandé ce que je voudrais lire dans une réécriture du conte. Mais l’autrice s’est appropriée pleinement l’histoire en détournant de façon très intelligente et originale les détails du conte originel. Ainsi, sans vous spoiler, les marraines ne sont plus vraiment ce que l’on attend d’elles, le Prince prend plus d’importance avec un rôle de choix et mention spéciale au petit écureuil récurrent que j’ai tout simplement adoré !

Si je devais noter un petit regret c’est que j’ai eu du mal à situer l’espace-temps de l’histoire. De base, étant dans un conte de fée, mon imagination était calée sur le moyen-âge habituel de ce genre littéraire pourtant quelques mots ou objets semblent étranges au milieu de cette ambiance. Ce n’est pas très dérangeant non plus cela dit.

Malgré tout le positif, j’ai eu beaucoup de mal à terminer cette lecture. Encore maintenant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi puisque tous les ingrédients présents sont ceux que j’aime. La seule chose que je peux en conclure est que ce n’était peut-être tout simplement pas le moment pour moi de le lire. Il y a des moments comme ça… Je le ressortirai sans faute de ma bibliothèque une prochaine fois où mon esprit sera plus en demande d’une belle revisite de La Belle au bois dormant.

Lire ou ne pas lire : Le Bois-Sans-Songe de Laëtitia Arnould ?

Si vous aimez les réécritures de contes de fées, vous trouverez dans Le Bois-Sans-Songe tous ce qu’il faut à un tel exercice. Les éléments importants sont conservés et réutilisés de manière originale. La plume de Laëtitia sublime le tout avec sa poésie naturelle. Alors forcément, je vous le conseille si vous êtes friand de magie et de contes. L’exercice est réussi malgré de légers détails qui ne gâchent en rien la lecture.

Alors, vous vous plongez dans l’inquiétant Bois-Sans-Songe ? Vous n’avez pas trop peur d’y perdre vos rêves ? Vous aimez les réécritures de contes ?

La part d’ombre de la société dans les œuvres de Wilde, Stevenson et Shelley

| Vous avez peut-être déjà vu passer cet article rédigé par mes soins dans le webzine de Génération Écriture paru le mois dernier. Je le poste également ici, si vous avez envie de réagir en commentaire, n’hésitez pas !|

Des livres classiques ? Il y en a pour tous les goûts, selon les pays, selon les genres, donnez-moi un critère et je vous trouve une recommandation. Pourtant, la définition d’un classique est pour moi assez vague. Comment un livre devient-il un classique ? Son auteur ? Son actualité ? Ses thématiques ? Un peu de tout cela, sans aucun doute. Demeure la question du « Comment ? », encore et toujours. Alors je me suis demandée quels livres étaient pour moi des classiques Trois me sont venus immédiatement en tête : Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de R.L. Stevenson et Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley. Le thème de ces quatre immenses romans de la littérature anglaise du XIXe siècle apparaît sans doute de manière évidente puisqu’ils mettent en scène, de façon plus ou moins évidente, des monstres. Mais alors en quoi cette part d’ombre de l’humanité relevée dans ces trois œuvres a pu contribuer à les élever au rang de classiques. Pour cela, il est inévitable de prendre en compte le contexte historique dans lequel ont été créés ces romans qu’il s’agisse de la morale victorienne, de l’héritage romantique ou de la notion de catharsis. Nous verrons ensuite comment la monstruosité est mise en scène dans chacun des trois récits avant de nous questionner sur leur discours qui dépasse leur époque évoquant la part d’ombre de l’individu, le processus cathartique permis et les thématiques toujours d’actualité.

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I. Un contexte historique régi par la morale et l’étiquette

La morale morale anglaise du XIXe siècle

Écrit en 1818, Frankenstein est le premier des trois textes à être publié en Angleterre. Sans doute, aura-t-il été lu avec attention par Stevenson et Wilde, ce dernier ne le mentionne pas dans son œuvre, peut-être a-t-il été une inspiration pour la monstruosité fantastique mise en scène dans L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde en 1886 et Le portrait de Dorian Gray en 1890.

Si le roman de Shelley est le seul à ne pas avoir été écrit durant le règne de Victoria (1837 – 1901), nous pouvons aisément dire que la société anglaise reposait sur un clivage prononcé entre les nobles et les pauvres et que l’étiquette de la haute société a peu changé durant le siècle, se durcissant même sur l’image à donner à son entourage.
La période victorienne est particulièrement sévère avec les passions, souvent cataloguées comme dérangeantes
et qui ne devaient pas être assouvies sous peine d’un courroux tout religieux. François Bédarida explique que « sur le plan théorique, rigorisme et hypocrisie se sont alliés pour échafauder le principe de la “double morale” (double standard). Ce qu’on entend par là, c’est la séparation entre deux sphères : d’un côté celle de la famille et de la vertu, de l’autre celle du plaisir et de l’instinct. »(i) Ce principe de double morale s’applique autant à la distinction entre la vertu de la femme (stricte) et celle de l’homme (permissive) d’un côté, que dans l’apparence parfaite donnée au grand jour et l’assouvissement de certaines passions de manière cachée de l’autre.

Il n’est donc pas étonnant qu’une telle société ait engendré des refoulements, des violences, des désirs non assouvis (surtout non assumés) dans laquelle lire un récit qui traite de ces sujets devient tabou. Le Portrait de Dorian Gray subit les foudres de certains Anglais et plusieurs journaux montèrent au créneau pour revendiquer leur point de vue dès la publication de l’histoire.(ii)

Les influences du romantisme et du roman gothique

Il est nécessaire de remettre nos trois romans dans leur contexte littéraire également. Plus tardifs, Wilde et Stevenson succèdent au mouvement romantique de la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle. Mary Shelley, elle, baigne dans cette atmosphère puisqu’elle côtoie le cercle des écrivains et poètes qui ont marqué ce genre avec Lord Byron ou encore son mari, Percy Bysshe Shelley. S’attachant aux descriptions, à la nature et aux sentiments, en Angleterre, le romantisme est considéré comme une introduction à la littérature victorienne.

Pourtant, l’aspect horrifique des trois œuvres n’est pas sans nous rappeler les romans gothiques d’Ann Radcliffe ou Matthew Gregory Lewis où le frisson se mêle au récit. Oscar Wilde en est même très inspiré puisqu’il adopte le pseudonyme de Melmoth à sa sortie de prison en 1897, directement emprunté au roman éponyme de son grand-oncle, Charles Robert Maturin (iii). Nous retrouvons donc chez chacun des trois auteurs un fond surnaturel où le frisson et la monstruosité tiennent une place conséquente pour servir les thèmes abordés.

La notion de catharsis au XIXe siècle

Cette notion de catharsis est principalement connue par Aristote qui l’évoque dans sa Poétique notamment. Il s’agit en fait d’un processus par lequel le spectateur se purge de ses passions inavouées par une certaine identification à un personnage puni pour ses propres passions. Plus largement, la catharsis consiste à se délivrer d’un sentiment, d’un désir, d’une passion non admise et refoulée. C’est en réalité une notion assez complexe liée en premier lieu au théâtre, mais qui peut s’étendre à l’art (que ce soit la musique, déjà évoquée par Aristote, mais aussi la littérature et sans doute la peinture et le cinéma aujourd’hui). Beaucoup d’auteurs ont discuté cette notion. Notamment au XIXe siècle où la conception classique de ce processus est remise en cause. « Pierre Frantz signale ainsi que la sensibilité morale des Lumières admet mal l’idée d’une neutralisation des émotions nocives », explique Sabine Gruffat (iv). Pour les descendants des idées des Lumières, le processus n’aurait pour effet que de provoquer une certaine forme de résistance et d’insensibilité ayant donc le résultat inverse à l’idée admise jusque-là.

Au XIXe siècle, donc, l’utilité de cette notion est discutée alors que la nécessité de ce processus semble plus requise que jamais à cause de la double morale victorienne que nous avons évoquée plus tôt.

II. Les monstruosités dans les romans

L’image de perfection de Dorian Gray

Interprétation du mythe de Faust (Goethe représente le romantisme allemand ayant inspiré le mouvement en Angleterre), Le Portrait de Dorian Gray évoque pleinement l’étiquette victorienne du paraître avant tout. À la fois esthétique et morale, l’image de Dorian Gray représente une perfection à atteindre. Le personnage est jeune, beau et intelligent. Une identité à laquelle aspire Oscar Wilde lui-même, excepté pour l’intelligence qu’il sait déjà posséder.

Pour autant, Dorian Gray manque de vertu. Il s’adonne à tous les vices, embrasse ses passions qu’il extériorise sans complexe puisque les conséquences n’auront pas de prises sur son image parfaite. Dans l’ombre, son portrait noircit, s’enlaidit à sa place, jusqu’à finir par dévorer son homologue de chair et d’os. Sa punition est terrifiante et sans appel. Il est finalement rattrapé par les conséquences de ses actes, rappelant au lecteur que chaque décision ne peut être suivie que d’un contrecoup. Fidèle à lui-même, Oscar Wilde ne plaide qu’un désir esthétique dans son roman. Pourtant, celui-ci semble avoir bien plus d’ambitions que ce que l’auteur clame, à la fois dénonciateur d’une moralité subjective, mise en scène d’un monstre, de passions et désirs qu’il convient de cacher. Dorian Gray et son physique parfait semblent tout à fait propices à une identification du lecteur victorien.

Les désirs refoulés du Dr Jekyll

L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde montre un bon nombre de similitudes avec le roman de Wilde. Écrit quelques années auparavant, Stevenson crée, de manière un peu plus scientifique, mais tout aussi surnaturelle, un personnage dont l’identité se divise en deux entités distinctes. Ici, le personnage principal recherche activement une façon de séparer de son être ce qui est moral de ce qui ne l’est pas. Il en résulte ainsi son double maléfique en la personne de Mr Hyde dont le nom lui-même évoque la dissimulation. Une dissimulation qui éclate au grand jour devant le Dr Lanyon « car sous mes, pâle et défait, à moitié évanoui, tâtonnant devant lui avec les mains tel un homme ravi du tombeau, là, devant moi, se tenait Henry Jekyll ! »v

S’il ne s’agissait pas non plus de l’objectif premier de Stevenson lorsqu’il rédigea cette histoire, avec le recul, il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec cette étiquette trop stricte de la période victorienne obligeant l’homme, mais plus encore la femme, à refouler ses passions. Aussi n’est-il pas impossible de supposer que l’attrait pour cette histoire, ayant recueilli un franc succès dès sa publication, a pu résider dans la lecture de ses passions interdites par la bienséance.

La différence rejetée du monstre de Frankenstein

Peu avant l’ère victorienne et sous le règne de George III, Mary Shelley donne naissance au monstre de Frankenstein. Un récit tellement riche que les pistes de réflexions sont nombreuses. C’est ici la création du monstre qui nous intéresse : un monstre issu de la folie d’un homme, le Dr Frankenstein. Tout comme nous l’avons constaté pour Dorian Gray et son portrait, le Dr Jekyll et son Mr Hyde, le Dr Frankenstein donne corps à une entité séparée de lui-même portant les traits d’un monstre qu’il ne nomme même pas.

D’un côté, le Docteur est un homme moral jouissant d’une vie aisée et se conformant à l’étiquette face à ses semblables. Mais sa soif de connaissances et de pouvoir l’entraîne vers des expériences flirtant avec le blasphème de la religion chrétienne. De l’autre, on retrouve la Créature, incarnant le désir de pouvoir du Dr Frankenstein sur la vie.

Pourtant, le plus abject des deux n’est pas celui que l’on pense au départ. Au fil du récit, le lecteur découvre un peu plus le Docteur et la Créature dans leurs intentions et peut s’identifier au début à l’un avant de glisser vers l’autre. La Créature montrant un comportement et des faiblesses plus humaines que son créateur même. Une fois encore, les passions du héros, ou plutôt des héros, finissent par être sévèrement punies. Les deux personnages se répondent dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses liées directement aux passions humaines.

« Mais il est vrai que je suis un misérable. J’ai assassiné des êtres beaux et faibles ; j’ai étranglé des innocents dans leur sommeil, et j’ai étouffé celui qui ne m’avait jamais fait de mal, ni à personne d’ailleurs. J’ai condamné à la souffrance mon créateur, cet homme digne d’amour et d’admiration s’il en fut. Je l’ai poussé à sa ruine. Le voilà qui repose, blanc et froid dans la mort. Vous me détestez ; mais votre haine ne saurait jamais égaler celle que je me voue moi-même. Je contemple ces mains qui m’ont donné le jour, je songe à ce cœur qui a conçu l’idée de ma création, et j’aspire au moment où ces mains rencontreront mes yeux et où ce cauchemar ne me hantera plus. » (vi) Ces remords évoqués par la Créature ne sont-ils pas profondément humains ? Les regrets. La haine de soi. Le repenti. C’est cette ambiguïté intrinsèque à chacun des deux personnages de Frankenstein qui force l’identification du lecteur à des sentiments partagés.

III. Un discours qui transcende les siècles

Notre part d’ombre

Alors, bien évidement, nous ne sommes pas tous des monstres à l’instar du Portrait, de Mr Hyde ou du Dr Frankenstein et sa Créature. Les passions sont poussées à leurs extrêmes dans les trois récits et c’est peut-être ce qui fait que l’on aime les découvrir et les relire encore au XXIe siècle.

La part d’ombre, chaque humain en possède une et l’on se tourne ici plus vers la psychologie, terrain où je ne m’aventurerai pas plus que ce simple fait. Conscient ou pas, apercevoir la part d’ombre des personnages de ces romans peut parler à la nôtre tout en permettant un certain recul face à l’extrême de ces derniers. Pour Bertolt Brecht, cette « distanciation » est indispensable pour ne pas risquer une aliénation du spectateur à ses émotions, empêchant un processus de réflexion de s’enclencher (vii). À mon sens, c’est exactement ce qu’il se produit avec les textes de Mary Shelley, Oscar Wilde et R.L. Stevenson.

Si la moralité et l’étiquette ne sont plus aussi strictes qu’au XIXe siècle, notre société est tout de même régie par des codes, souvent nécessaires afin de juguler la violence des individualités puisque cela nuirait à la société dans son ensemble. Or, comme au XIXe siècle et à l’époque du théâtre classique, ces passions refoulées peuvent aboutir à une nuisance sociale. Ces récits, traversant les siècles, répondent à des besoins inhérents à l’humain, quelle que soit son époque, et désamorce la violence des pulsions par la lecture qui en est faite.

La fonction de catharsis et les passions

Tout en gardant l’esprit ouvert, on peut donc facilement trouver une fonction cathartique dans les œuvres qui nous occupent ici. Chacun des personnages offre une mise en scène des passions et de la part d’ombre résident en chaque individu. Quelle que soit la définition que l’on donne au processus de catharsis, la lecture de ses œuvres permet soit de purifier le lecteur, soit de lui permettre une réflexion qu’il n’avait peut-être pas avant. Passant ainsi par une nécessité humaine plus que contextuelle, on peut comprendre pourquoi deux de ces romans ont connu un succès immédiat et continue aujourd’hui à inspirer les individus par de nombreuses études, analyses, adaptations littéraires ou cinématographiques. Si Oscar Wilde a connu des détracteurs, ce peut être autant par une dénonciation dérangeante du fonctionnement de la société dans laquelle il évoluait que par le personnage extravagant qu’il était et qui suscitait, de fait, des oppositions virulentes. Le fait est que son roman est devenu un classique de la littérature anglaise et sans doute pour les mêmes raisons que j’ai évoquées plus haut.

Des thématiques d’actualité

Non content de parler aux individualités et à la valeur morale que peut avoir le processus de lecture dans ces trois romans, c’est sans aucun doute également les sujets qu’ils abordent (et dénoncent) qui ont fait d’eux de grands classiques anglais.

La fondation Martin Bodmer qui a consacré une exposition temporaire au Frankenstein de Mary Shelley en 2016 explique que « les thèmes qu’il aborde sont en effet au cœur des préoccupations littéraires et philosophiques modernes : l’éthique scientifique, le changement climatique, la technologisation du corps humain, l’inconscient, l’altérité humaine, la précarité des sans-abri et des sans-identité. » (viii) Autant de sujets qui nous questionnent encore aujourd’hui et nous questionneront probablement demain.

Stevenson aborde plus facilement l’éthique scientifique, tout comme Shelley, et rejoint Wilde sur des sujets qui dénoncent les comportements dépourvus de bon sens dans la société, nous mettant en garde contre les dangers de rentrer absolument dans un moule prédéfini. Wilde aborde aussi l’art, une réflexion qui lui tient à cœur dans beaucoup de ses écrits.

Ces trois auteurs nous permettent de nous questionner sur ce qui a changé et ce qui demeure, invariablement, et représente une menace pour l’humanité. Ces romans abordent des sujets qui touchent le public de façon intime dans sa façon d’être soi-même, mais aussi d’être au monde et c’est peut-être ce qui en fait des classiques grâce à leur succès au fil des générations.

Loin de fermer le débat, je pense qu’il y a encore énormément à dire et à discuter sur des œuvres aussi riches que le sont celles de Mary Shelley, R.L. Stevenson et Oscar Wilde. La monstruosité a une part non négligeable dans ces trois romans qui sont à la fois les résultats d’une société anglaise stricte et rigide, laissant peu de place à l’épanouissement et aux individualités, mais aussi les mises en scène de cette part d’ombre inhérente à l’humanité. Ces romans ancrés dans leur temporalité sont porteurs d’un caractère universel de l’être humain ce qui leur a permis d’être reconnus du vivant de leurs auteurs et résonnent encore aujourd’hui en chacun de nous.

i La société anglaise, du milieu du XIXe siècle à nos jours, François Bédarida, Editions du Seuil, septembre 1990, p.227

ii Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde, préface de Jean-Pierre Naugrette, Le Livre de Poche, 2001, p.15

iii Melmoth ou l’homme errant, 1820 (Melmoth the Wanderer). Traduction de Jean Cohen, édité en 6 tomes chez G.C. Hubert, Palais-Royal, Paris, 1825

iv Sabine Gruffat, « La catharsis revisitée », Acta fabula, vol. 13, n° 8, Notes de lecture, Octobre 2012, URL : http://www.fabula.org/acta/document7298.php, page consultée le 20 septembre 2018.

v L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, R.L. Stevenson, Le Livre de poche, Librairie Générale Française, 1999, p.68

vi Frankenstein ou le Prométhée moderne, Mary Shelley, Gallimard, FolioSF, 1988, p.308

vii Sabine Gruffat, « La catharsis revisitée », Acta fabula, vol. 13, n° 8, Notes de lecture, Octobre 2012, URL : http://www.fabula.org/acta/document7298.php, page consultée le 20 septembre 2018.