Génération B – Chang Kang Myoung : ou l’histoire d’une jeunesse désœuvrée

51rabOeufQL._SX338_BO1,204,203,200_Je remercie les éditions Decrescenzo pour la découverte de ce roman.

Quand les éditions Decrescenzo m’ont contactée pour lire Génération B, je n’ai pas vraiment hésité. J’avais déjà lu un roman de Chang Kang Myoung, Parce que je déteste la Corée que j’avais beaucoup apprécié. La plume de l’auteur est à la fois poétique et incisive, son discours édifiant. Avec Génération B, il traite encore une fois d’une jeunesse désœuvrée dans un monde ultranormé. Une jeunesse qui, pour peu qu’elle ne veuille pas, ne puisse pas rentrer dans le cadre, est laissée à l’abandon.

Résumé : Génération B raconte l’histoire d’un groupe de jeunes étudiants âgés d’une vingtaine d’années qui, considérant qu’ils n’ont pas leur place dans la société, élaborent le suicide parfait, mûrement réfléchi. Pour que la chute soit dure, ils agissent dans le temps, s’appliquent à franchir les étapes selon le seul modèle de réussite en Corée : intégrer l’une des meilleures universités puis un grand groupe comme Samsung. C’est lorsque le succès leur tend enfin les bras que la machine peut s’emballer : sur un site baptisé pourquoituvis.com, des vidéos de suicide sont publiées selon un agenda bien précis, faisant bientôt la une de la rubrique faits divers des grands journaux. Le site Internet gagne en audience et le phénomène se propage comme une traînée de poudre. Voilà la revanche de ces jeunes contre la société qui les a broyés.

Chang Kang Myoung a beau écrire la société coréenne, tout comme dans son autre roman, j’ai eu l’impression qu’il traitait également de la société occidentale. Peut-être que nous avons un chouilla plus de liberté, mais à peine. Car le propos est là, ancré, impossible à réfuter : dans nos sociétés modernes qui sont gérées avec autant de facteurs que de précisions, il est extrêmement difficile de se démarquer, de faire du neuf, de faire mieux, la société a besoin de la force de travail que la jeunesse représente. La société a besoin d’une main d’œuvre qui accepte et fait le travail qu’on lui demande, qui accepte la vie tracée qui lui est proposée. Dans ce monde rigide, la jeunesse suffoque. Jusqu’à faire des choses extrêmes (un peu trop).

Malgré le fait que ce roman soit court, j’ai mis du temps à le lire.
Malgré la plume agréable de l’auteur, j’ai mis du temps à le lire.
Rien à voir avec les personnages finalement attachants dans leurs défauts de jeunesse.
Tout comme Parce que je déteste la Corée, Génération B met mal à l’aise. Chang Kang Myoung a ce don pour écrire le désœuvrement dans son entièreté : on y ressent la tristesse, la lassitude, ce goût de vivre mais aussi, parfois, ce goût de tout abandonner, dépassé par le monde. Chang Kang Myoung sait parfaitement cerner ces instants entre espoir et résignation et c’est ce qui m’a sans doute le plus touchée en tant que lectrice.

Le résumé vous effraie ? Normal. Chang Kang Myoung est adepte, semble-t-il, des sujets qui dérangent, qui font réfléchir. Un mouvement de suicides organisé sur le long terme, plusieurs années ? Il faut avoir sacrément du courage… ou être complètement désespéré. Sauf que ces jeunes passent à l’acte une fois le succès atteint. Le plus difficile est de comprendre pourquoi. Et je n’ai pas réussi à un seul moment à saisir ce pourquoi. Personne ne le peut. L’idée du suicide est extrême. En faire un acte de révolte contre la société l’est tout autant.

Lire ou ne pas lire : Génération B de Chang Kang Myoung ?

Chang Kang Myoung fait partie de ces auteurs écrivent pour faire réfléchir et non pour divertir. Il dénonce. Ou en tout cas, il constate que la jeunesse coréenne est perdue et a du mal à se retrouver dans une société qui ne laisse pas vraiment le loisir d’exprimer son imagination, sa créativité. Lorsque le personnage principal choisit un emploi car il lui laissera le temps de pratiquer sa passion de la musique, il ne parvient même pas à dégager des moments pour lui. Cette dénonciation est poignante. Par ce phénomène de suicides collectifs sur la durée, l’auteur trouve un moyen de faire réagir le lecteur et le pousse à réfléchir. Encore une fois, Chang Kang Myoung propose un roman qui coupe le souffle, au plus près de sentiments puissants.

Avez-vous lu un des romans de Chang Kang Myoung ? La littérature coréenne vous intéresse-t-elle ?

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8 réflexions sur “Génération B – Chang Kang Myoung : ou l’histoire d’une jeunesse désœuvrée

  1. Très significatif de la Corée du Sud actuelle, quand on sait que la Corée est l’un des plus pays – voire LE pays – qui enregistre le + fort taux de suicides (j’ai lu qque part que c’était la 1ère cause de décès des jeunes).
    J’aime beaucoup la culture coréenne, mais, actuellement, il y a qque chose de pourri au pays du Matin Calme. Un auteur que je vais lire, du coup ….

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    • Personnellement, j’aime aussi beaucoup la culture coréenne. J’ai notamment connu avec la KPop et son univers très particulier, au fur et à mesure, j’ai pu constater aussi des problèmes sociaux auxquels le pays fait face. Même si j’ai encore beaucoup à découvrir… Je pense que chaque pays à son côté flamboyant qui rayonne dans le monde et qui cache inévitablement une part d’ombre. 1ère cause de décès chez les jeunes, le suicide ? Je comprends d’autant mieux le choix du sujet de Chang Kang Myoung et c’est tout à son honneur de dénoncer ce mal être… Je te recommande vraiment ses deux romans ❤

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    • Avec plaisir ! En même temps, si la littérature chinoise et japonaise sont de plus en plus connue en France, ce n’est pas encore le cas de la littérature coréenne qui reste peu traduite. Du coup je tire mon chapeau aux éditions Decrescenzo qui sont spécialistes du genre. J’avais lu un autre auteur de chez eux… c’est toujours très particulier, je ne sais pas comment organiser mes chroniques tant les sujets sont difficiles à traiter. Mais tellement intéressant que du coup je fais de mon mieux pour partager mes sentiments sur ces lectures lol. Je te les recommandes si tu veux découvrir de nouvelles choses ^^

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      • Comme tu dis, on connaît mal cette littérature et ça m’intéresse d’autant plus que j’ai vu un documentaire sur Arte sur la jeunesse coréenne exilée aux Etats-Unis, ne pouvant supporter les injonctions de la croissance économique coréenne qui leur demande tant de travail et leur laisse si peu de vie privée.

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        • Ah si tu veux rester dans l’exil de la jeunesse coréenne, son roman Parce que je déteste la Corée est particulièrement excellent. L’héroïne s’exile en Australie (si mes souvenirs sont bons) pour ces raisons notamment et du coup Chang Kang Myoung soulève le parallèle assez fort entre l’amour et la haine de son propre pays. Y’a une question identitaire très très forte. Et dans Génération B, c’est finalement la même base : il part de ce problème lié au monde du travail sauf qu’ici la solution n’est pas tout à fait le même exil…

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