Le Bois-Sans-Songe – Laëtitia Arnould : au coeur d’une sombre malédiction

41rW7z3G0hL._SX346_BO1,204,203,200_Cette année, j’ai la chance d’avoir été choisie comme Agent du Miroir. Vous aurez donc droit à mes chroniques sur les parutions de l’année de Magic Mirror Edition et on commence avec Le Bois-Sans-Songe de Laëtitia Arnould, sélectionné pour le PLIB 2019. Merci à Audry et Laëtitia pour cette lecture.

Résumé : Il est des larmes qui ne sèchent pas. Il est des blessures qui restent ouvertes. Il est des êtres qui les surmontent quand d’autres finissent par sombrer. Il est ceux qui les gardent en eux. À jamais. Comment survivre quand on est la seule personne éveillée parmi des êtres en proie à des cauchemars éternels ?
Princesse héritière de Modighjem, Liv se retrouve isolée, prisonnière de son pays désormais morne, séparée du reste du monde par un bois infranchissable, né le soir de la malédiction. Jusqu’au jour où son destin erratique croise celui de ce personnage entouré de ténèbres, avec son parapluie pagode et ses airs de prince maudit…
Pourquoi continuer à vivre quand les personnes qui nous étaient chères ont été massacrées, quand une principauté entière a sombré face à la rage des hommes et que l’on est seul, le dernier représentant de son peuple ?
Lennart Leifsen a choisi la vengeance comme raison d’exister. Retranché dans son lugubre manoir, penché sur son rouet, il tisse chaque soir, à partir de ses larmes, le sort qui maintient les Modigs sous le joug de ses tourments. Jusqu’à ce que survienne cette jeune fille dépenaillée, aussi agaçante qu’inconsciente, et que les larmes providentielles se refusent à lui…

Connaissant déjà la plume de Laëtitia Arnould, je savais déjà que j’apprécierai son nouveau roman. J’ai pu y retrouver son style poétique et qui s’attache aux détails les plus infimes pour une immersion totale dans l’ambiance sombre et étrange du Bois-Sans-Songe. Un style qui colle parfaitement au genre de prédilection de l’autrice : les contes de fées. Cette fois, elle nous propose une revisite imaginative de la Belle au bois dormant. C’est tout le peuple de la Princesse qui se retrouve victime d’un sort de sommeil tandis qu’elle croise le chemin d’un mystérieux jeune homme orgueilleux, profondément triste et en colère.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Laëtitia Arnould parvient à faire agir les deux protagonistes l’un sur l’autre au fil de l’histoire. La Princesse, longtemps passive face à sa situation, a un caractère fort voire borné au début. Peu à peu, elle parvient à nuancer ses opinions, un peu comme Emma de Jane Austen. De son côté, Lennart est un jeune meurtri par son passé qui n’arrive pas à voir autre chose que son malheur. Liv lui permet également d’ouvrir les yeux sur le positif qui l’entoure.

Les choix de réécriture sont très judicieux : on retrouve le sort de sommeil, le bois inquiétant, le Prince, les marraines et même le rouet qui joue un rôle totalement différent de l’histoire d’origine. Les éléments importants sont là, ceux que j’aurais probablement notés si on m’avait demandé ce que je voudrais lire dans une réécriture du conte. Mais l’autrice s’est appropriée pleinement l’histoire en détournant de façon très intelligente et originale les détails du conte originel. Ainsi, sans vous spoiler, les marraines ne sont plus vraiment ce que l’on attend d’elles, le Prince prend plus d’importance avec un rôle de choix et mention spéciale au petit écureuil récurrent que j’ai tout simplement adoré !

Si je devais noter un petit regret c’est que j’ai eu du mal à situer l’espace-temps de l’histoire. De base, étant dans un conte de fée, mon imagination était calée sur le moyen-âge habituel de ce genre littéraire pourtant quelques mots ou objets semblent étranges au milieu de cette ambiance. Ce n’est pas très dérangeant non plus cela dit.

Malgré tout le positif, j’ai eu beaucoup de mal à terminer cette lecture. Encore maintenant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi puisque tous les ingrédients présents sont ceux que j’aime. La seule chose que je peux en conclure est que ce n’était peut-être tout simplement pas le moment pour moi de le lire. Il y a des moments comme ça… Je le ressortirai sans faute de ma bibliothèque une prochaine fois où mon esprit sera plus en demande d’une belle revisite de La Belle au bois dormant.

Lire ou ne pas lire : Le Bois-Sans-Songe de Laëtitia Arnould ?

Si vous aimez les réécritures de contes de fées, vous trouverez dans Le Bois-Sans-Songe tous ce qu’il faut à un tel exercice. Les éléments importants sont conservés et réutilisés de manière originale. La plume de Laëtitia sublime le tout avec sa poésie naturelle. Alors forcément, je vous le conseille si vous êtes friand de magie et de contes. L’exercice est réussi malgré de légers détails qui ne gâchent en rien la lecture.

Alors, vous vous plongez dans l’inquiétant Bois-Sans-Songe ? Vous n’avez pas trop peur d’y perdre vos rêves ? Vous aimez les réécritures de contes ?

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La part d’ombre de la société dans les œuvres de Wilde, Stevenson et Shelley

| Vous avez peut-être déjà vu passer cet article rédigé par mes soins dans le webzine de Génération Écriture paru le mois dernier. Je le poste également ici, si vous avez envie de réagir en commentaire, n’hésitez pas !|

Des livres classiques ? Il y en a pour tous les goûts, selon les pays, selon les genres, donnez-moi un critère et je vous trouve une recommandation. Pourtant, la définition d’un classique est pour moi assez vague. Comment un livre devient-il un classique ? Son auteur ? Son actualité ? Ses thématiques ? Un peu de tout cela, sans aucun doute. Demeure la question du « Comment ? », encore et toujours. Alors je me suis demandée quels livres étaient pour moi des classiques Trois me sont venus immédiatement en tête : Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de R.L. Stevenson et Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley. Le thème de ces quatre immenses romans de la littérature anglaise du XIXe siècle apparaît sans doute de manière évidente puisqu’ils mettent en scène, de façon plus ou moins évidente, des monstres. Mais alors en quoi cette part d’ombre de l’humanité relevée dans ces trois œuvres a pu contribuer à les élever au rang de classiques. Pour cela, il est inévitable de prendre en compte le contexte historique dans lequel ont été créés ces romans qu’il s’agisse de la morale victorienne, de l’héritage romantique ou de la notion de catharsis. Nous verrons ensuite comment la monstruosité est mise en scène dans chacun des trois récits avant de nous questionner sur leur discours qui dépasse leur époque évoquant la part d’ombre de l’individu, le processus cathartique permis et les thématiques toujours d’actualité.

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I. Un contexte historique régi par la morale et l’étiquette

La morale morale anglaise du XIXe siècle

Écrit en 1818, Frankenstein est le premier des trois textes à être publié en Angleterre. Sans doute, aura-t-il été lu avec attention par Stevenson et Wilde, ce dernier ne le mentionne pas dans son œuvre, peut-être a-t-il été une inspiration pour la monstruosité fantastique mise en scène dans L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde en 1886 et Le portrait de Dorian Gray en 1890.

Si le roman de Shelley est le seul à ne pas avoir été écrit durant le règne de Victoria (1837 – 1901), nous pouvons aisément dire que la société anglaise reposait sur un clivage prononcé entre les nobles et les pauvres et que l’étiquette de la haute société a peu changé durant le siècle, se durcissant même sur l’image à donner à son entourage.
La période victorienne est particulièrement sévère avec les passions, souvent cataloguées comme dérangeantes
et qui ne devaient pas être assouvies sous peine d’un courroux tout religieux. François Bédarida explique que « sur le plan théorique, rigorisme et hypocrisie se sont alliés pour échafauder le principe de la “double morale” (double standard). Ce qu’on entend par là, c’est la séparation entre deux sphères : d’un côté celle de la famille et de la vertu, de l’autre celle du plaisir et de l’instinct. »(i) Ce principe de double morale s’applique autant à la distinction entre la vertu de la femme (stricte) et celle de l’homme (permissive) d’un côté, que dans l’apparence parfaite donnée au grand jour et l’assouvissement de certaines passions de manière cachée de l’autre.

Il n’est donc pas étonnant qu’une telle société ait engendré des refoulements, des violences, des désirs non assouvis (surtout non assumés) dans laquelle lire un récit qui traite de ces sujets devient tabou. Le Portrait de Dorian Gray subit les foudres de certains Anglais et plusieurs journaux montèrent au créneau pour revendiquer leur point de vue dès la publication de l’histoire.(ii)

Les influences du romantisme et du roman gothique

Il est nécessaire de remettre nos trois romans dans leur contexte littéraire également. Plus tardifs, Wilde et Stevenson succèdent au mouvement romantique de la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle. Mary Shelley, elle, baigne dans cette atmosphère puisqu’elle côtoie le cercle des écrivains et poètes qui ont marqué ce genre avec Lord Byron ou encore son mari, Percy Bysshe Shelley. S’attachant aux descriptions, à la nature et aux sentiments, en Angleterre, le romantisme est considéré comme une introduction à la littérature victorienne.

Pourtant, l’aspect horrifique des trois œuvres n’est pas sans nous rappeler les romans gothiques d’Ann Radcliffe ou Matthew Gregory Lewis où le frisson se mêle au récit. Oscar Wilde en est même très inspiré puisqu’il adopte le pseudonyme de Melmoth à sa sortie de prison en 1897, directement emprunté au roman éponyme de son grand-oncle, Charles Robert Maturin (iii). Nous retrouvons donc chez chacun des trois auteurs un fond surnaturel où le frisson et la monstruosité tiennent une place conséquente pour servir les thèmes abordés.

La notion de catharsis au XIXe siècle

Cette notion de catharsis est principalement connue par Aristote qui l’évoque dans sa Poétique notamment. Il s’agit en fait d’un processus par lequel le spectateur se purge de ses passions inavouées par une certaine identification à un personnage puni pour ses propres passions. Plus largement, la catharsis consiste à se délivrer d’un sentiment, d’un désir, d’une passion non admise et refoulée. C’est en réalité une notion assez complexe liée en premier lieu au théâtre, mais qui peut s’étendre à l’art (que ce soit la musique, déjà évoquée par Aristote, mais aussi la littérature et sans doute la peinture et le cinéma aujourd’hui). Beaucoup d’auteurs ont discuté cette notion. Notamment au XIXe siècle où la conception classique de ce processus est remise en cause. « Pierre Frantz signale ainsi que la sensibilité morale des Lumières admet mal l’idée d’une neutralisation des émotions nocives », explique Sabine Gruffat (iv). Pour les descendants des idées des Lumières, le processus n’aurait pour effet que de provoquer une certaine forme de résistance et d’insensibilité ayant donc le résultat inverse à l’idée admise jusque-là.

Au XIXe siècle, donc, l’utilité de cette notion est discutée alors que la nécessité de ce processus semble plus requise que jamais à cause de la double morale victorienne que nous avons évoquée plus tôt.

II. Les monstruosités dans les romans

L’image de perfection de Dorian Gray

Interprétation du mythe de Faust (Goethe représente le romantisme allemand ayant inspiré le mouvement en Angleterre), Le Portrait de Dorian Gray évoque pleinement l’étiquette victorienne du paraître avant tout. À la fois esthétique et morale, l’image de Dorian Gray représente une perfection à atteindre. Le personnage est jeune, beau et intelligent. Une identité à laquelle aspire Oscar Wilde lui-même, excepté pour l’intelligence qu’il sait déjà posséder.

Pour autant, Dorian Gray manque de vertu. Il s’adonne à tous les vices, embrasse ses passions qu’il extériorise sans complexe puisque les conséquences n’auront pas de prises sur son image parfaite. Dans l’ombre, son portrait noircit, s’enlaidit à sa place, jusqu’à finir par dévorer son homologue de chair et d’os. Sa punition est terrifiante et sans appel. Il est finalement rattrapé par les conséquences de ses actes, rappelant au lecteur que chaque décision ne peut être suivie que d’un contrecoup. Fidèle à lui-même, Oscar Wilde ne plaide qu’un désir esthétique dans son roman. Pourtant, celui-ci semble avoir bien plus d’ambitions que ce que l’auteur clame, à la fois dénonciateur d’une moralité subjective, mise en scène d’un monstre, de passions et désirs qu’il convient de cacher. Dorian Gray et son physique parfait semblent tout à fait propices à une identification du lecteur victorien.

Les désirs refoulés du Dr Jekyll

L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde montre un bon nombre de similitudes avec le roman de Wilde. Écrit quelques années auparavant, Stevenson crée, de manière un peu plus scientifique, mais tout aussi surnaturelle, un personnage dont l’identité se divise en deux entités distinctes. Ici, le personnage principal recherche activement une façon de séparer de son être ce qui est moral de ce qui ne l’est pas. Il en résulte ainsi son double maléfique en la personne de Mr Hyde dont le nom lui-même évoque la dissimulation. Une dissimulation qui éclate au grand jour devant le Dr Lanyon « car sous mes, pâle et défait, à moitié évanoui, tâtonnant devant lui avec les mains tel un homme ravi du tombeau, là, devant moi, se tenait Henry Jekyll ! »v

S’il ne s’agissait pas non plus de l’objectif premier de Stevenson lorsqu’il rédigea cette histoire, avec le recul, il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec cette étiquette trop stricte de la période victorienne obligeant l’homme, mais plus encore la femme, à refouler ses passions. Aussi n’est-il pas impossible de supposer que l’attrait pour cette histoire, ayant recueilli un franc succès dès sa publication, a pu résider dans la lecture de ses passions interdites par la bienséance.

La différence rejetée du monstre de Frankenstein

Peu avant l’ère victorienne et sous le règne de George III, Mary Shelley donne naissance au monstre de Frankenstein. Un récit tellement riche que les pistes de réflexions sont nombreuses. C’est ici la création du monstre qui nous intéresse : un monstre issu de la folie d’un homme, le Dr Frankenstein. Tout comme nous l’avons constaté pour Dorian Gray et son portrait, le Dr Jekyll et son Mr Hyde, le Dr Frankenstein donne corps à une entité séparée de lui-même portant les traits d’un monstre qu’il ne nomme même pas.

D’un côté, le Docteur est un homme moral jouissant d’une vie aisée et se conformant à l’étiquette face à ses semblables. Mais sa soif de connaissances et de pouvoir l’entraîne vers des expériences flirtant avec le blasphème de la religion chrétienne. De l’autre, on retrouve la Créature, incarnant le désir de pouvoir du Dr Frankenstein sur la vie.

Pourtant, le plus abject des deux n’est pas celui que l’on pense au départ. Au fil du récit, le lecteur découvre un peu plus le Docteur et la Créature dans leurs intentions et peut s’identifier au début à l’un avant de glisser vers l’autre. La Créature montrant un comportement et des faiblesses plus humaines que son créateur même. Une fois encore, les passions du héros, ou plutôt des héros, finissent par être sévèrement punies. Les deux personnages se répondent dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses liées directement aux passions humaines.

« Mais il est vrai que je suis un misérable. J’ai assassiné des êtres beaux et faibles ; j’ai étranglé des innocents dans leur sommeil, et j’ai étouffé celui qui ne m’avait jamais fait de mal, ni à personne d’ailleurs. J’ai condamné à la souffrance mon créateur, cet homme digne d’amour et d’admiration s’il en fut. Je l’ai poussé à sa ruine. Le voilà qui repose, blanc et froid dans la mort. Vous me détestez ; mais votre haine ne saurait jamais égaler celle que je me voue moi-même. Je contemple ces mains qui m’ont donné le jour, je songe à ce cœur qui a conçu l’idée de ma création, et j’aspire au moment où ces mains rencontreront mes yeux et où ce cauchemar ne me hantera plus. » (vi) Ces remords évoqués par la Créature ne sont-ils pas profondément humains ? Les regrets. La haine de soi. Le repenti. C’est cette ambiguïté intrinsèque à chacun des deux personnages de Frankenstein qui force l’identification du lecteur à des sentiments partagés.

III. Un discours qui transcende les siècles

Notre part d’ombre

Alors, bien évidement, nous ne sommes pas tous des monstres à l’instar du Portrait, de Mr Hyde ou du Dr Frankenstein et sa Créature. Les passions sont poussées à leurs extrêmes dans les trois récits et c’est peut-être ce qui fait que l’on aime les découvrir et les relire encore au XXIe siècle.

La part d’ombre, chaque humain en possède une et l’on se tourne ici plus vers la psychologie, terrain où je ne m’aventurerai pas plus que ce simple fait. Conscient ou pas, apercevoir la part d’ombre des personnages de ces romans peut parler à la nôtre tout en permettant un certain recul face à l’extrême de ces derniers. Pour Bertolt Brecht, cette « distanciation » est indispensable pour ne pas risquer une aliénation du spectateur à ses émotions, empêchant un processus de réflexion de s’enclencher (vii). À mon sens, c’est exactement ce qu’il se produit avec les textes de Mary Shelley, Oscar Wilde et R.L. Stevenson.

Si la moralité et l’étiquette ne sont plus aussi strictes qu’au XIXe siècle, notre société est tout de même régie par des codes, souvent nécessaires afin de juguler la violence des individualités puisque cela nuirait à la société dans son ensemble. Or, comme au XIXe siècle et à l’époque du théâtre classique, ces passions refoulées peuvent aboutir à une nuisance sociale. Ces récits, traversant les siècles, répondent à des besoins inhérents à l’humain, quelle que soit son époque, et désamorce la violence des pulsions par la lecture qui en est faite.

La fonction de catharsis et les passions

Tout en gardant l’esprit ouvert, on peut donc facilement trouver une fonction cathartique dans les œuvres qui nous occupent ici. Chacun des personnages offre une mise en scène des passions et de la part d’ombre résident en chaque individu. Quelle que soit la définition que l’on donne au processus de catharsis, la lecture de ses œuvres permet soit de purifier le lecteur, soit de lui permettre une réflexion qu’il n’avait peut-être pas avant. Passant ainsi par une nécessité humaine plus que contextuelle, on peut comprendre pourquoi deux de ces romans ont connu un succès immédiat et continue aujourd’hui à inspirer les individus par de nombreuses études, analyses, adaptations littéraires ou cinématographiques. Si Oscar Wilde a connu des détracteurs, ce peut être autant par une dénonciation dérangeante du fonctionnement de la société dans laquelle il évoluait que par le personnage extravagant qu’il était et qui suscitait, de fait, des oppositions virulentes. Le fait est que son roman est devenu un classique de la littérature anglaise et sans doute pour les mêmes raisons que j’ai évoquées plus haut.

Des thématiques d’actualité

Non content de parler aux individualités et à la valeur morale que peut avoir le processus de lecture dans ces trois romans, c’est sans aucun doute également les sujets qu’ils abordent (et dénoncent) qui ont fait d’eux de grands classiques anglais.

La fondation Martin Bodmer qui a consacré une exposition temporaire au Frankenstein de Mary Shelley en 2016 explique que « les thèmes qu’il aborde sont en effet au cœur des préoccupations littéraires et philosophiques modernes : l’éthique scientifique, le changement climatique, la technologisation du corps humain, l’inconscient, l’altérité humaine, la précarité des sans-abri et des sans-identité. » (viii) Autant de sujets qui nous questionnent encore aujourd’hui et nous questionneront probablement demain.

Stevenson aborde plus facilement l’éthique scientifique, tout comme Shelley, et rejoint Wilde sur des sujets qui dénoncent les comportements dépourvus de bon sens dans la société, nous mettant en garde contre les dangers de rentrer absolument dans un moule prédéfini. Wilde aborde aussi l’art, une réflexion qui lui tient à cœur dans beaucoup de ses écrits.

Ces trois auteurs nous permettent de nous questionner sur ce qui a changé et ce qui demeure, invariablement, et représente une menace pour l’humanité. Ces romans abordent des sujets qui touchent le public de façon intime dans sa façon d’être soi-même, mais aussi d’être au monde et c’est peut-être ce qui en fait des classiques grâce à leur succès au fil des générations.

Loin de fermer le débat, je pense qu’il y a encore énormément à dire et à discuter sur des œuvres aussi riches que le sont celles de Mary Shelley, R.L. Stevenson et Oscar Wilde. La monstruosité a une part non négligeable dans ces trois romans qui sont à la fois les résultats d’une société anglaise stricte et rigide, laissant peu de place à l’épanouissement et aux individualités, mais aussi les mises en scène de cette part d’ombre inhérente à l’humanité. Ces romans ancrés dans leur temporalité sont porteurs d’un caractère universel de l’être humain ce qui leur a permis d’être reconnus du vivant de leurs auteurs et résonnent encore aujourd’hui en chacun de nous.

i La société anglaise, du milieu du XIXe siècle à nos jours, François Bédarida, Editions du Seuil, septembre 1990, p.227

ii Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde, préface de Jean-Pierre Naugrette, Le Livre de Poche, 2001, p.15

iii Melmoth ou l’homme errant, 1820 (Melmoth the Wanderer). Traduction de Jean Cohen, édité en 6 tomes chez G.C. Hubert, Palais-Royal, Paris, 1825

iv Sabine Gruffat, « La catharsis revisitée », Acta fabula, vol. 13, n° 8, Notes de lecture, Octobre 2012, URL : http://www.fabula.org/acta/document7298.php, page consultée le 20 septembre 2018.

v L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, R.L. Stevenson, Le Livre de poche, Librairie Générale Française, 1999, p.68

vi Frankenstein ou le Prométhée moderne, Mary Shelley, Gallimard, FolioSF, 1988, p.308

vii Sabine Gruffat, « La catharsis revisitée », Acta fabula, vol. 13, n° 8, Notes de lecture, Octobre 2012, URL : http://www.fabula.org/acta/document7298.php, page consultée le 20 septembre 2018.

Lectures Prévues | Novembre 2018

BIlan 2017 (1)

Coucou les Earl Grey’s,

Aujourd’hui, je vous propose de nous pencher un peu plus sérieusement sur les livres que j’aimerais lire au cours du mois de Novembre. Entre terminer une trilogie, le report des livres d’octobre que je n’ai pas eu le temps de lire et le début de la période de Noël, je ne suis clairement pas en manque d’idées et d’envies pour ce mois-ci. Entre imaginaire et historique, je vous propose quatre livres qui auront ma priorité de lecture en novembre !

Le Bois-sans-Songe – Laëtitia Arnould

41rW7z3G0hL._SX346_BO1,204,203,200_Cette année, j’ai l’immense honneur d’avoir été nommée Agent du Miroir. Alors je remercie grandement Sandy de Magic Miror éditions et l’autrice pour la découverte de ce roman. Connaissant déjà la plume de Laëtitia Arnould, je sais déjà que je vais me régaler. Je n’ai plus qu’à me préparer une bonne tasse de thé pour me plonger au cœur de Modighjem et sa forêt mystérieuse.

Résumé : Il est des larmes qui ne sèchent pas. Il est des blessures qui restent ouvertes. Il est des êtres qui les surmontent quand d’autres finissent par sombrer. Il est ceux qui les gardent en eux. A jamais.
Comment survivre quand on est la seule personne éveillée parmi des êtres en proie à des cauchemars éternels ?
Princesse héritière de Modighjem, Liv se retrouve isolée, prisonnière de son pays désormais morne, séparée du reste du monde par un bois infranchissable, né le soir de la malédiction. Jusqu’au jour où son destin erratique croise celui de ce personnage entouré de ténèbres, avec son parapluie pagode et ses airs de prince maudit…
Pourquoi continuer à vivre quand les personnes qui nous étaient chères ont été massacrées, quand une principauté entière a sombré face à la rage des hommes et que l’on est seul, le dernier représentant de son peuple ?
Leinart Leifsen a choisi la vengeance comme raison d’exister. Retranché dans son lugubre manoir, penché sur son rouet, il tisse chaque soir, à partir de ses larmes, le sort qui maintient les Modigs sous le joug de ses tourments. Jusqu’à ce que survienne cette jeune fille dépenaillée, aussi agaçante qu’inconsciente, et que les larmes providentielles se refusent à lui…

Illuminae (dossier alexander #1) – Jay Kristoff & Annie Kaufman

51is0ikeIWL._SX332_BO1,204,203,200_Non, vous ne rêvez pas. Vous avez déjà vu passer ce titre par ici. Il faisait partie de mes lectures prévues d’octobre mais j’ai dû m’adapter et faire passer celui-ci à la trappe. Je me rattrape ce mois-ci où il devient prioritaire et je compte bien, enfin, découvrir l’histoire qui se cache derrière cette mise en page totalement déstabilisante et particulière !

Résumé : Ce matin de 2575, lorsque Kady rompt avec Ezra, elle croit avoir vécu le pire moment de sa vie. L’après-midi même, leur planète est attaquée par une entreprise interstellaire sans foi ni loi – BeiTech. Obligés de fuir, Kady embarque sur le vaisseau Hypatia, Ezra sur l’Alexander. Très vite, Kady soupçonne les autorités de leur cacher la vérité. Avec l’aide d’Ezra – le seul en qui elle peut avoir confiance -, elle pirate le réseau informatique de leur flotte, accédant ainsi à des données confidentielles qui mettent en cause leur propre état-major. Alors qu’ils sont toujours traqués par BeiTech, l’Intelligence Artificielle censée les protéger se met à agir d’une façon étrange…

Le nœud de la sorcière – Deborah Harkness

51UvMPq0X-L._SX307_BO1,204,203,200_Pas de suspense pour cette lecture ! J’ai tellement hâte de savoir le fin mot de l’histoire de All Souls et des aventures de Diana et Matthew que je ne retarde pas cette lecture. Je sais que je serai particulièrement triste au moment de le terminer mais je suis beaucoup trop impatiente pour attendre l’automne prochain pour le lire.

Résumé : /!\ Risque de spoilers à la lecture de ce résumé /!\
Après un séjour en 1590, Diana Bishop et Matthew Clairmont reviennent dans le présent pour affronter de nouveaux dangers. Une terrible menace pèse sur leur avenir, et elle ne se dissipera que s’ils parviennent à récupérer les pages manquantes de l’Ashmole 782. Or le temps presse, car la grossesse de Diana arrive à son terme et Matthew a de son côté décidé de défier la Congrégation qui régit la vie de toutes les créatures surnaturelles.
De vieux châteaux en laboratoires universitaires, depuis les collines de l’Auvergne jusqu’aux palais vénitiens, Diana et Matthew, décidés à protéger leur amour défendu, finiront par découvrir l’encens et terrible secret tant convoité.

Christmas Pudding – Nancy Mitford

51ruj28TdvL._SX301_BO1,204,203,200_Pour terminer le mois de novembre, je me réserve déjà de commencer à attendre Noël en douceur avec ce roman que j’avais acheté l’an dernier mais que je n’avais pas eu le temps de lire. Je commence donc par lui cette année, d’autres viendront en décembre et attendent déjà sagement dans une pile à lire prévisionnelle. L’excitation que l’on ressent à l’approche des fêtes de fin d’année est un sentiment que j’aime énormément et je suis heureuse d’arriver à nouveau à cette période remplie de magie et de joie.

Résumé : Un Noël à la campagne dans le Gloucestershire. La perspective est séduisante pour un groupe de jeunes mondains, un peu las de la routine londonienne, qui décident de séjourner à proximité du domaine de Lady Bobbin et de ses enfants. 
Multipliant péripéties invraisemblables et dialogues mordants, Nancy Mitford dresse un portrait décalé de la société anglaise dans les années 1930. 

Est-ce que vous avez déjà lu certains de ces livres ? Que prévoyez-vous de lire ce mois de novembre de votre côté ? En tout cas, je vous souhaite de belles découvertes livresques. Surtout prenez soin de vous en cette période où les organismes sont plus fatigués : plaid, cocooning, bougies, thés/infusions/chocolats chauds, netflix et lectures !

Retour de lectures | Octobre 2018

BIlan 2017

Hello les Earl Grey’s !
Ce retour de lectures du mois d’octobre arrive un peu tard mais j’ai pris du retard à la fin du mois car je suis partie quelques jours à Paris. Mais me revoilà avec de quoi papoter un moment avec vous autour d’une bonne infusion Choco de Yogi Tea (dont je ne me passe pas dès qu’il commence à faire froid). Avant de vous annoncer mes lectures prévues pour novembre, je vous parle donc de celles d’octobre qui n’ont pas eu droit à leur chronique. Il m’en manque d’ailleurs une qui ne devrait pas tarder. Mon PC de tous les jours étant tombé en rade au moment où je devais l’écrire, je ne me mets que maintenant sur mon vieux Brontosaure pour le blog.

Aller, on est parti pour le bilan de mon mois de lecture de l’imaginaire ! Si vous cherchez les résumés des livres c’est pas loin : Lectures Prévues d’octobre.

Le Meilleur des Mondes – Aldous Huxley

51SeUgwj+2L._SX303_BO1,204,203,200_Quand j’ai commencé ce roman, je ne m’attendais vraiment pas à ce genre d’écriture. Comme souvent la SF « classique », je m’attendais à un style pas forcément évident à lire. Que nenni ! J’ai dévoré Le Meilleur des Mondes en une semaine et je me suis régalée autant que le sujet m’a effrayé. Sous couvert d’une utopie, Aldous Huxley nous propose surtout une dystopie effrayante sur une société stable dépouillée de passions, de compassions et d’amour. L’humanité est dépouillée de tout son sel, de tout ce qui fait de l’être humain un être humain. Et au final, je suis particulièrement choquée d’avoir pris conscience qu’une société sans passion, c’est une société sans art ni culture. J’en ai eu la chair de poule à plusieurs reprises !
Étrangement, j’y ai souvent vu un lien avec le transhumanisme. Cette nouvelle façon de penser que l’humain peut être amélioré scientifiquement parlant et qui me fascine autant que ça m’effraie. Ici, on est vraiment dans ce concept poussé à son extrême afin d’obtenir une société stable, sans remous social ni individuel. Les passions sont toutes jugulées par une drogue et les individus conditionnés dès l’embryon afin de ne surtout pas éprouver de besoins différents de leur condition.
Un classique de l’imaginaire à lire absolument, qui se lit facilement, et entraîne des réflexions intéressantes sur le transhumanisme et les dérives de la science.

L’école de la nuit (All Souls #2) – Deborah Harkness

51foOgDYQ2L._SX307_BO1,204,203,200_Quel bonheur de retrouver ma sorcière préférée et l’un de mes vampires favoris (personne ne détrônera Lestat, désolée Matthew), Diana et Matthew !

Après de longs mois d’attente, j’ai enfin repris la lecture de cette trilogie et j’ai été tout aussi ravie par ma lecture que lors du premier tome. Je l’avoue, j’avais tellement aimé le premier livre que je craignais un peu de ne pas retrouver ce sentiment avec le deuxième mais mon appréhension n’avait pas lieu d’être. J’ai vraiment eu l’impression de poursuivre l’histoire et l’intrigue dans une continuité fluide, logique et agréable et c’est avec tout autant de plaisir que je me plongerai dans le troisième et dernier volet durant ce mois de novembre !

La Mythologie Viking – Neil Gaiman

51RvHY8PXJL._SX297_BO1,204,203,200_Ce livre est une petite déception. Attention, je dis bien « petite » parce que le sujet me plaît, que j’ai été heureuse de retrouver les aventures de mes dieux nordiques préférés et que c’est toujours bon de s’y replonger pour ne pas oublier les détails de ces sagas. Le fait est que je n’ai pas vu un grand intérêt à ce que Neil Gaiman passe par là pour apposer son nom à côté de cette mythologie. En fait, il suffit de prendre un livre dessus pour y retrouver la même chose. Je m’attendais à plus d’appropriation de la part de l’auteur que l’on connaît si bien pour son imagination débordante. J’aurais aimé qu’il aille plus loin dans les histoires, qu’il extrapole, qu’il emphase, qu’il plante un peu plus profondément Mjollnir dans la terre de Midgard. Mais non. A peu de choses près, Neil Gaiman s’est contenté de coller au plus près aux sagas de l’Edda (c’est tout à son honneur historique, mais je ne m’attendais vraiment pas à cela).

Apocalypse Zombie – Jonathan Maberry

61vctEO9POL._SX332_BO1,204,203,200_Résumé : Benny a grandi dans une petite ville protégée des attaques zombies par une barricade et doit trouver son premier boulot pour ses seize ans. Il rêve de se venger de la mort de ses parents en devenant exterminateur de zombies. Après tout, c’est l’entreprise familiale ! Tom, son frère, en a fait son métier. Mais le jour où Benny doit affronter son premier zombie, il se rend compte que la barricade ne le protégeait pas du véritable danger. Un sabre ne suffira peut-être pas à assurer sa survie.

LA lecture hors de ma zone de confort du mois d’octobre. En compagnie d’Alec à la bibliothèque (bien heureusement). J’ai horreur du mythe du zombie, je le crains énormément et ça me fait vraiment flipper. Alors quand j’ai vu un item de lecture sur des zombies dans le challenge Harry Potter que je fais cette année, je me suis dit « Oulala, jamais je ne te validerai, toi. » Jusqu’à ce qu’Alex vienne me sauver et me propose cette lecture commune. Et me voilà donc embarquée loin de mes sentiers habituels. Une chose est certaine, je ne renouvellerai pas l’expérience. Pour autant, cette lecture n’a pas non plus été totalement déplaisante. Alex m’a permis d’y trouver un vrai roman initiatique et malgré une fin un peu ratée, l’évolution des personnages principaux est sympathique. J’ai également pu discuter avec elle de mes attentes vis-à-vis de ce genre de sujets qui tournent plus du côté scientifique, explication et solution, plutôt qu’une adaptation à un monde post-apo zombies. Une expérience de lecture très intéressante donc. Vous pouvez retrouver la chronique d’Alex par là : Alec à la Bibliothèque.

En avez-vous déjà lu certains ? Qu’en avez-vous pensé ?

On se retrouve vite pour la suite du programme de novembre ! J’espère pouvoir faire réparer mon petit ordi bien pratique rapidement pour être plus réactive car du coup, je n’allume pas mon gros et vieux papy-pc très souvent. En attendant, je vous souhaite un bon mois de novembre !