La maison du Bosphore – Pinar Selek : Istanbul, ce personnage à part entière

51lC-m282ZL._SX326_BO1,204,203,200_Voilà quelques temps déjà que j’ai terminé la lecture de La maison du Bosphore de Pinar Selek mais je tenais à partager avec ce roman car finalement, après plusieurs semaines, je m’en souviens encore agréablement. Cette lecture m’a particulièrement rappelé ma découverte d’Istanbul, l’année dernière, avec Les souliers vernis rouges de Stella Vretou. J’ai retrouvé une zone géographique particulièrement instable au XXe siècle et une population perdue, condamnée à s’adapter du jour au lendemain à une nouvelle vie. La plume de Pinar Selek réussi à provoquer un réel attachement entre le lecteur et ses personnages qui se cherchent entre « vivre une vie paisible » et « lutter contre une répression qui ne leur convient pas ».

Résumé : À Yedikule, un des plus anciens quartiers d’Istanbul, quatre jeunes épris de liberté cherchent leur place dans une société figée depuis le coup d’État de septembre 1980. La condition des femmes et des minorités, les conventions sociales, l’oppression politique: tout leur pèse. Sema la rêveuse voudrait entrer à l’université. Salih l’apprenti menuisier cherche à perpétuer son art là où il a grandi tandis qu’Hasan le musicien aimerait faire vivre le sien sur les routes du monde. Seule Elif opte pour la voie périlleuse de la révolution. Quatre parcours, mais une même devise : Il nous reste un demi-espoir…
Hommage à une ville et à ses communautés, réflexion sur l’appartenance, leçon d’humanité, ce premier roman de Pinar Selek est celui de toute une génération qui cherche sa voie entre la Turquie d’hier et celle de demain.

Contexte historique : Byzance, Constantinople, Istanbul, la ville cosmopolite par excellence et un personnage à part entière du roman

Istanbul. Probablement une des villes les plus riches historiquement parlant de la planète. Durant l’Antiquité, Byzance était au coeur de l’Empire Hellenistique, capitale de la Thrace. Située à l’entrée du Bosphore et clé d’accès à la mer Méditerrannée, elle a été rapidement un enjeu de géopolitique. Elle devient Constantinople sous l’Empire Romain avec l’empereur Constantin. Puis, elle devient Istanbul à la suite de la chute de Constantinople en 1453, appartenant à présent à l’Empire Ottoman. Enfin, en 1923, après la première Guerre mondiale et la chute de l’Empire Ottoman, Istanbul devient partie de la République de Turquie dont la capitale est Ankara.

Il suffit de voir ce rapide topo pour constater qu’Istanbul joue un rôle important entre l’Occident et l’Orient, entre l’Europe et le Proche-Orient. Istanbul est un carrefour de cultures, de civilisations et de peuples. Istanbul est riche de cette diversité. Mais qui dit diversité et richesse culturelle d’un côté, dit aussi faiblesse et division dès lors qu’un gouvernement et un peuple produit des inégalités. Marqué par le génocide arménien de 1915, Istanbul (rive européenne et rive asiatique) accueille plusieurs communautés religieuses et civilisationnelles.

Istanbul_districts

Districts d’Istanbul avec ses rives : entre Europe et Asie (source : Istanbul Wikipédia)

De fait, il semble évident que cette ville et zone géographique est une source d’inspiration pour les auteurs qui aiment s’attacher aux mentalités de leurs personnages confrontés à un environnement difficile. Pinar Selek connaît bien son sujet et elle le démontre avec brio dans La maison du Bosphore.

La maison du Bosphore

Les personnages. C’est bien sur eux que repose tout l’intérêt de ce roman. Comment peut-on vivre dans une société étrangement figée ? Peut-on avoir des idéaux ? Les revendiquer ? Comment peut-on vivre après un coup d’Etat ? Comment peut-on être soi-même, trouver sa voie, dans une société où les diversités, autrefois richesse, devient critère de clivage ?

Pinar Selek aborde toutes ces interrogations avec subtilité et douceur, offrant un point de vue différent selon les personnages : l’engagement dans la révolte pour certains, les études pour d’autres, la recherche de l’amour, la patience, la vie et la mort toujours présentes inextricablement liées.

J’avais découvert la plume de cette autrice grâce à son conte pour enfant Verte et les oiseaux, et j’avais déjà été touchée par sa douceur et sa poésie, sa capacité d’analyse, surtout sa bienveillance envers l’humanité. Malgré tout ce que l’humain est capable de faire d’atroce (je vous épargne les exemples historiques, vous en connaissez au moins un ou deux), Pinar Selek a confiance, a de l’espoir et elle le démontre à chaque page tournée de La maison du Bosphore.

Istanbul_panorama_and_skyline

Vue panoramique d’Istanbul, vue du Bosphore. De gauche à droite Mosquée bleue, Sainte-Sophie, Palais de Topkapı, et quartier d’affaires de Levent. (source : Istanbul WikipédiaBen Morlok)

Lire ou ne pas lire : La maison du Bosphore de Pinar Selek ?

Bien évidemment, je vous recommander cette lecture avec beaucoup d’enthousiasme. C’est un roman qui ressemble à la vie : dure, douce, chaleureuse, difficile, angoissante mais tellement riche, à l’image de l’histoire d’Istanbul, à l’image de chacun des personnages qui portent la totalité de cette richesse en eux malgré leur appartenance à une des nombreuses communautés de la ville. C’est un roman sur la recherche de soi, les tâtonnements, les essais et les erreurs, parfois aussi les réussites, mais fondamentalement, c’est un roman sur l’ouverture d’esprit, la conscience de notre monde et sur l’amour de l’humanité, inconditionnel.

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