[Film] OKJA – Bong Joon Ho : éthique animale, un sujet qui dérange

039567.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxDéjà sensible à la cause animale et l’éthique animale, j’avais déjà repéré OKJA depuis de nombreuses semaines. J’attendais la date de sortie avec beaucoup d’impatience, d’autant que le film ne passait pas par les circuits habituels. Loin de là ! Et beaucoup critiqué pour ça par le système en place, Bong Joon Ho (réalisateur également de l’adaptation du Transperceneige) a choisi de passer par la plateforme Netflix pour la distribution de son film. Je dois dire que même si j’entends déjà les râleurs dire que la tradition veut qu’un film sorte dans les salles obscures d’abord, je ne suis pas mécontente que certains choisissent des distributeurs de ce type. Pourquoi ? Pour la bonne et simple raison que si j’adore les salles obscures, le prix des billets m’oblige clairement à faire un choix alors que je suis curieuse et que j’aimerai ne pas restreindre ma curiosité. Cette façon permet d’ouvrir à un plus grand nombre de spectateurs et à moindre prix. Dans notre monde d’aujourd’hui je trouve ça bien. Mais ce choix est-il seulement étonnant de la part de Bong Joon Ho compte tenu du propos déjà engagé de son film ? Je ne pense pas…

Synopsis : Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.
Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée. (Allociné)

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Ahn Soe Hyun et Okja

Ethique animale : débat important qui n’a pas forcément lieu d’être

Le message du film est clair dès le synopsis, dès les premières minutes de visionnages : l’éthique animale. Dans une société dystopique, une entreprise productrice de viande trouve soudain des « super cochons », animaux énormes possédant beaucoup de muscles et donc de viande. L’entreprise monte une image marketing bio, eco-friendly, sans OGM, cruelty free et j’en passe : bref, tout pour plaire aux récalcitrants du système actuel et qui tentent de manger différemment, du moins de manière raisonnée.

Le marketing a un pouvoir colossal sur les gens, c’est presque effrayant. Si l’on propose le bon discours à la bonne personne, ça marche à coup sûr ! C’est peut-être bien ce qui me gène le plus dans ce principe, la raison pour laquelle je n’ai pas pu faire d’études de commerce etc… Je ne peux vendre que ce en quoi je crois (des livres donc! hum. Reprenons)

Okja, le nom du super cochon star du film, est élevé en Corée. Mija s’en occupe bien. Tellement que Okja et Mija ont lié une amitié solide. Okja sauve Mija d’une mort assurée dès le début. De part son amitié et la dette qu’elle a, elle fait tout pour sauver à son tour Okja lorsqu’elle est amenée à New York pour la « récompense » du concours du meilleur super-cochon. Car une fois à New-York, on découvre peu à peu l’envers du décors et ce que l’entreprise fait réellement avec ces supers-cochons. Et ce n’est pas beau à voir.

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Tilda Swinton et Ahn Soe Hyun

La question de l’éthique animale est filée durant tout le film. Bong Joon Ho développe toujours plus l’amitié et la force de ce lien qui unit Okja et Mija. A tel point que l’on vient à se demander : Mais pourquoi penser une seule seconde à manger son ami ?! Parce que la question est bien là, Okja est clairement identifiée, elle est son espèce, comme étant des êtres sensibles, capables de sentiments : peut-on dès lors manger un être capable de sentiment autant qu’un être humain ? Tout est dans l’amalgame dont on se défend lorsqu’il s’agit de haine raciale, religieuse etc… mais qui parfois amène à réfléchir autrement.

Pour moi, le débat ne se pose pas. J’ai regardé le film car je pense que le système abuse de son pouvoir. La viande dans les supermarchés est issue d’abattoirs où les animaux sont tués, terrifiés d’être tué, ils ont peur à ce moment-là, comme vous et moi aurions peur d’être le prochain à être fusillé. Parmi ces barquettes de viande, celles qui ne sont pas mangées sont jetées dans des containers et souvent javellisées pour empêcher les sans-abris de prendre la nourriture. Cette viande jetée est donc issue d’animaux morts pour rien, dont la peur de mourir n’a servi à rien, dont la vie a été volé. Ce film est magnifique, mais je doute qu’il soit vu par les bonnes personnes.

Bong Joon Ho et son univers magique

J’avais déjà été conquise par l’univers de Bong Joon Ho dans le Transperceneige, adaptation de la BD du même nom. Le réalisateur arrive a canalisé une vraie force dans chaque image et chaque plan. Et je n’ai pas été déçue avec OKJA.

La scène de la campagne dans laquelle on voit Okja et Mija en Corée, verte, broussailleuse, presque innocente tant la nature semble être intacte et à l’abris des transformations de l’homme m’a énormément touchée. Si certains pourraient trouver la scène un peu longue, je l’ai trouvé parfaite et presque trop courte car elle procure un véritable apaisement. Un retour à la nature aussi belle que cruelle mais simple et pure.

A cette scène, s’oppose les villes de Séoul et notamment New York où les images sont dures et froides, saccadées. Le béton est partout, bloquant la vision régulièrement par des bâtiments hauts et bruts. Le tout confère un aspect hiératique à cet environnement où le spectateur étouffe par moment, là où il respirait à pleins poumons dans la scène de la campagne.

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Paul Dano et Steven Yeun

Le visuel est magnifique, digne de Bong Joon Ho. Je n’ai vraiment pas été déçue. Les effets spéciaux sur les « supers-cochons » passent très bien, on croit dur comme fer à leur existence.

Mention spéciale au casting : Tilda Swinton, aussi rayonnante que profondément folle, dans toute sa superbe, je l’aime toujours autant cette actrice ! Et Jake Gyllenhaal absolument méconnaissable dans son rôle, j’ai été bluffé ! Lui que j’adorai avant mais qui depuis Prince of Persia se résumait à un tas de muscles pour films à gros budgets, l’acteur en a encore sous le capot et j’ai été ravie de retrouver son jeu d’acteur dans un rôle (pas très subtil car très excentrique) nouveau que je ne lui avais jamais vu. Paul Dano (Cowboy et envahisseurs, 12 years a slave, Youth) tire particulièrement bien son épingle du jeu tandis que Lily Collins est un peu en retrait (ce que je trouve dommage).

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Jake Gyllenhaal (bon d’accord il est reconnaissable sur cette photo.)

Voir ou ne pas voir : OKJA de Bong Joon Ho ?

Forcément, à mon sens, pour son message, tout le monde devrait voir OKJA. Mais je sais que ce discours devenu souvent violent dans la bouche des plus fervents vegan en énerve beaucoup et les rends fermé à toutes ses idées. C’est peut-être une raison de voir le film, se détacher des gens trop virulents et extrémistes pour entamer un processus de réflexion personnel sur la question de l’éthique animale et je ne peux qu’encourager tout le monde à le faire. Je ne suis pas de ses extrémistes qui troll tout ceux qui mangent de la viande et je ne le serai jamais. Mais je souhaiterai que tout le monde agisse en leur âme et conscience et déjà arriver à une consommation modérée pour diverse raison, c’est génial.

Âmes sensibles : prévoyez une boîte de mouchoir, car si le film est magnifique, il est également d’une force, d’une puissance assez phénoménale. J’ai passé les 30 dernières minutes du film à pleurer comme une madeleine et la fin douce-amère ne laisse pas indifférent.

Gros coup de coeur pour le magnifique OKJA de Bong Joon Ho.

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9 réflexions sur “[Film] OKJA – Bong Joon Ho : éthique animale, un sujet qui dérange

  1. Fan de Lily Collins, j’avais entendu parler de ce film. Puis j’avais découvert le thème dont il traitait. Il était dès lors dans la top priorité des films que je voulais absolument voir.
    Et ton avis me conforte dans l’idée que je veux absolument voir, et que tout le monde devrait en faire autant!

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  2. Un très bon article qui reflète avec justesse le film de Bong Joon Ho. Et je me pose également cette question, sera-t-il vu par les bonnes personnes ?
    Car nous végétarien/végétalien qui le regardont sommes déjà convaincu du bien fondé de notre choix qui porte à ne plus tuer et à préserver l’environnement. Mais les omnivores ouvriront-ils les yeux ?

    Puisse Okja sauver des vies !

    http://letrangelibrarium.blogspot.fr/2017/07/okja-de-bong-joon-ho.html

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  3. Je lis ta chronique en diagonale. Bong Joon Ho est un réalisateur que j’apprécie tout particulièrement depuis le début de sa carrière et j’ai vraiment hâte de voir son dernier film !

    Aimé par 1 personne

    • Oh oui, d’ailleurs il faudra que je me penche sur la carrière de ce réalisateur car les deux films que j’ai vu de lui m’ont totalement transportée ! Bon visionnage alors 😉

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  4. Pingback: L’heure du bilan | Juillet | Pause Earl Grey

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