Le regard de Midi – Lee Seung-U

img_20170203_105826_621Aujourd’hui, on parle littérature coréenne sur Pause Earl Grey. Appréciant la littérature japonaise, je voulais diversifier mes horizons asiatiques et découvrir des écrivains coréens sans trop savoir par quel bout commencer. Babelio et De Crescenzo éditions m’ont facilité la tâche puisque j’ai reçu le livre de Lee Seung-U pour la dernière masse critique de Babelio et je les en remercie grandement. Me voilà donc à la découverte de la littérature coréenne…

Résumé : Je suis arrivé dans cette ville de trente mille habitants à proximité de la ligne de démarcation entre le Sud et le Nord en plein milieu de la nuit. C’était la dernière rotation de l’autocar. Il avait dû déjà faire plusieurs navettes dans la journée tant il avait l’air d’un chameau fatigué, le chauffeur figurant sa bosse. Dans la cabine surchauffée, rôdait un mélange fétide d’odeurs diverses et variées. Nous étions six passagers dont quatre militaires de grades différents. Ces derniers, à voir leur triste mine, devaient regagner leur caserne en fin de permission. Aussitôt monté à bord, le caporal avait incliné le dossier de son siège et fermé les yeux tandis qu’un deuxième classe tirait du pain d’un sachet de cellophane qui bruissait sous ses doigts. Les deux autres fixaient l’obscurité à travers la vitre. Que pouvaient-ils bien apercevoir dans le noir ? Que voyaientils ? Parvenaient-ils seulement à identifier quelque chose ? Je ne doute pas qu’il y ait des choses intéressantes à voir dans l’obscurité. Le monde des ténèbres recèle des trésors cachés. Et s’il est obscur, c’est justement pour mieux les préserver. Mais leurs yeux semblaient ne fixer rien de précis. L’expression morose et butée que je lisais sur leur visage éveillait en moi une certaine inquiétude puisque je venais de m’embarquer pour la même destination. (Babelio)

Littérature asiatique : point commun et différence

Incontestablement, dès les premières pages du Regard de Midi, je savais que j’étais bien en train de lire de la littérature asiatique. Pourquoi ? Peut-être le style de narration souvent centré sur le personnage et son moi profond et moins profond, ses façons d’être mais aussi ses démons. Oui c’est bien ça, le personnage principal asiatique a très souvent tendance à se battre contre ses propres démons (surtout dans la littérature japonaise que je connais un peu mieux que les autres). Il semblerait bien que cette quête du « vivre avec soi-même », du « comment faire », est très présente dans les préoccupations asiatiques. Bon, c’est tout de même un sujet assez universel, je le reconnais, mais c’est vrai que par rapport à mes lectures, c’est la constatation que je fais.

La différence majeure, et particulièrement importante, réside dans les références employées par l’auteur Lee Seung-U. Je peux pas généraliser puisque c’est mon seul livre d’auteur coréen, pourtant c’est quelque chose qui m’a frappé comparé à mes lectures japonaises : des références internationales et notamment européennes. Il est extrêmement rare de trouver ce genre de références dans les livres d’auteurs japonais (ou alors je ne suis tombée que sur des cas particuliers mais pour avoir aussi vu beaucoup de cinéma japonais, je ne pense pas trop me tromper) – attention, je fais des généralités, je ne dis pas qu’il n’y a pas d’exceptions! D’ailleurs si vous en avez, je suis preneuse – J’ai eu le sentiment que la compréhension du texte était beaucoup plus accessible à un européen, même dans les non-dits, l’analyse psychologique du personnage principal...Tout ça était possible alors que ça me paraît souvent obscur dans la littérature japonaise.

Le regard de Midi

Parlons du livre à proprement parler. Je dois bien avouer que je ne m’attendais absolument pas à ce contenu lorsque j’avais lu le résumé… C’est au final, comme tout enfant déraciné d’une quelconque façon, le besoin de trouver ses racines par une quête, un besoin, qui ici surgit soudainement pour le personnage principal. Je me suis donc retrouvée à découvrir peu à peu son histoire, cette naissance de ce besoin, puis sa quête presque désespérée et surtout inconsciente du père qu’il n’a jamais connu.

La plume de Lee Seung-U est très intéressante, l’auteur propose de belles images et j’ai beaucoup aimé la manière d’amener son récit. Le lecteur découvre les interrogations du héros et ses questionnements sans en savoir plus que lui et c’est ce qui permet d’avancer et de ressentir le besoin, tout comme lui, de connaître ses racines. Qui est ce père ? Peut-il être à la hauteur d’une mère qui a rempli son job haut la main ? Est-il simplement une bonne personne ou une mauvaise ? Toutes ces questions qui, je suppose, peuvent venir en tête à l’enfant qui n’a pas connu l’un de ses parents. Pour ça, je l’ai trouvé réaliste et cela permet de comprendre à quel point la nature humaine peut être ambiguë et contradictoire. Cette intimité avec le héro est frappante.

Lire ou ne pas lire : Le regard de Midi de Lee Seung-U ?

Quitte à vouloir commencer à lire de la littérature asiatique, autant commencer avec ce livre. Le « choc » des cultures et surtout la compréhension des sous-entendus est moins grande qu’avec, par exemple, La course au mouton sauvage de Murakami (il me semble bien ma première lecture asiatique et donc japonaise, autant j’ai adoré, autant je ne suis pas sûre qu’il soit le meilleur livre pour découvrir l’asie). Le Regard de Midi est un court roman (130 pages environ) dont le héro part à la recherche de son père afin de combler un vide qu’il ressent depuis toujours. Le récit est bien mené, depuis la découverte de ce vide jusqu’à celle de son père et la plume de Lee Seung-U se laisse très facilement apprivoiser.

Une belle histoire de quête d’identité et de racine qui peut avoir une belle résonance dans notre monde où tout le monde a un petit quelque chose de déraciné.

Ma note : 17/20

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16 réflexions sur “Le regard de Midi – Lee Seung-U

    • Tu peux ! D’autant que, je ne sais pas pour toi, mais en littérature asiatique, je croise plus souvent du japonais et un peu de chinois, c’est pour ça que je n’avais encore jamais lu de coréen!

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      • J’ai tendance à lire aussi plutôt des auteurs japonais qui sont les plus présents en France.
        En romans coréens, je ne peux que te conseiller Fils de l’eau et Nos jours heureux (chroniques sur mon blog). C’est deux livres sont magnifiques avec ce style asiatique si reconnaissable.

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  1. Ton article et ton analyse sont tout bonnement magnifiques ! Cela me donne envie de réfléchir à mes lectures asiatiques.

    Je suis tombée dedans grâce à Yoko Ogawa avec Parfums de Glace et le « choc » dont tu parles était évident. Puis ce fut « la course aux moutons sauvages » de Haruki Murakami et là : j’étais perdue ! 😂

    Aimé par 1 personne

    • Ahah La course aux moutons sauvages est assez mythique comme lecture…. Je m’en souviens encore alors que ça fait des années que je l’ai lu et je ne suis toujours pas certaine de l’avoir compris xD

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        • J’ai été très portée sur la musique/littérature/série japonaise puis coréenne de mes 17 ans jusqu’à 22/23 ans, cela dit ça s’est estompé peu à peu et même si j’aime encore ça, c’est une période qui m’a enrichi et ouverte culturellement parlant. Aujourd’hui je suis revenu à des passions plus anglo-saxonne mais je suis beaucoup plus eclectique dans mes goûts qu’avant ça 😉 Partage avec elle, essaye de trouver des choses que vous aimez toutes les deux dans tous ça (il y aura forcément au moins un truc ^^) et ça n’en sera que plus enrichissant pour vous deux 😀

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          • Ajin, Spice Wolf, Tokyo Ghoul, Kenshin.
            Et nous regardons des animés à la TV l’attaque des titans, Assassination Classroom.

            J’y compte bien, mon mari y a déjà été une quinzaine de jour (pour le boulot), et a adoré. Le chanceux!

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          • J’en ai vu passer certains oui…il faudra que je vois ça de plus près, pour le moment je vais attaquer Orange ^^
            J’ai jamais été très animé par contre… j’ai toujours préféré les drama… je ne sais pas pourquoi lol
            Ah mais tu vas y aller aussi tu seras chanceuse à ton tour :p !

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  2. Pingback: L’heure du bilan : mois de Février | Pause Earl Grey

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